Interview accordée à Trish Bendix le 1er août 2014 pour le site Afterellen.com
Et Ruby Rose ?
Ruby Rose et moi sommes amies depuis très longtemps maintenant. Nous sommes de bonnes amies et nous avons collaboré sur deux-trois projets, pas forcément des longs-métrages mais d’autres projets. J’ai en quelque sorte écrit ce rôle pour Ruby parce que… je l’admire tellement et à mon avis nous n’avons vu qu’une infime partie de ce dont elle est capable. Elle s’intéresse vraiment à la comédie, même si elle est beaucoup plus connue comme présentatrice ou personnalité. Elle avance à pas de fourmis, il ne faut pas mettre quelqu’un de déjà très médiatisé dans un rôle principal. Il faut créer un rôle qui soit vrai et authentique, mais qui lui donne aussi un aperçu de ce qu’est le drame. Donc je lui ai écrit ça et elle était super contente de travailler si intimement avec Christina.
« Voilà ton premier film. Et maintenant, tu couches avec Christina Ricci ! »
[Rires] Ce n’est pas un mauvais départ pour une carrière, hein ?
Je n’avais jamais réalisé une scène telle que celle-là auparavant. Pour être honnête, c’était le truc le plus stressant du film, parce que toute l’histoire est assez personnelle mais cette séquence était… Je savais exactement ce que je voulais, mais d’un côté on travaillait avec Christina, qui est une actrice très expérimentée et hétéro, et de l’autre côté on avait Ruby qui n’a pas beaucoup d’expérience mais qui est gay. Donc, pour être franche, j’avais un peu peur de faire cette scène. Au final, ce qu’on a fait c’est que j’ai parlé à Christina et Ruby individuellement. On a eu une petite répétition avant le tournage juste pour éviter tout moment gênant et pour leur expliquer toute la scène de façon très technique. Du genre « Ok, il y a ces trois points en particulier que je veux appuyer ». C’est pour ça que lorsque Christina entre dans la pièce, il y a toujours cette espèce de résistance, et à partir du moment où elle se retourne vers Ruby et s’engage réellement, cela devient incroyablement sensuel, passionné et, encore une fois, très authentique quant à la raison pour laquelle Dino veut être avec cette femme. Je voulais vraiment que cette sensualité féminine se voie.
En réalité, on s’est beaucoup amusées, c’était un plateau fermé et on avait viré tous les mecs de la salle. On était juste toutes les trois sur notre beau plateau et l’on s’est vraiment amusées. Quand l’équipe est rentrée tout était très professionnel et même très technique pour que l’on obtienne le type d’action que l’on voulait et quand on a commencé à lancer la machine, Christina et Ruby y sont vraiment allées à fond, sans mauvais jeu de mots, et c’était plutôt sexy.
Avez-vous vu La Vie d’Adèle ?
Oui.
Je me demandais, en tant que réalisatrice lesbienne tournant une scène de sexe lesbien, que pensez-vous des scènes de sexe dans ce film, réalisé par un homme hétéro ?
Écoutez, j’admire vraiment ce film, je l’ai vraiment beaucoup aimé. Je sais qu’il y a eu une espèce de controverse autour de ces scènes de sexe. Pour ma part, je les ai trouvées très authentiques. Je ne vais pas trop entrer dans les détails mais il a sans aucun doute dû parler à beaucoup de femmes gays et faire ses propres recherches. De même pour les actrices. Le sexe c’est du sexe, n’est-ce pas ? Nous avons tous notre propre style et nous savons tous ce que nous aimons. Ces actrices ont trouvé leur vérité et il faut qu’il y ait une sorte de connexion et d’alchimie entre les acteurs dans ces scènes. Je crois que le tout est de travailler avec ce qui est vrai et ce qui existe. Je ne connais pas personnellement le réalisateur de La Vie d’Adèle, mais j’ai l’impression qu’il a créé la chose la plus importante qui existe sur un plateau, et c’est aussi valable pour Around the Block, à savoir : un environnement sécurisant pour que les acteurs puissent trouver l’authenticité de ces moments. Il a dû faire ça vraiment très bien pour réaliser ces performances.
En tant que réalisatrice out, pensez-vous que tous vos projets auront des aspects LGBT ou cela variera-t-il selon l’histoire ?
C’est selon l’histoire. J’ai vraiment hâte : mon prochain projet est de beaucoup beaucoup plus grande ampleur que celui-ci et il n’y a pas particulièrement de personnage gay. Mais en même temps, je suis toujours attirée par les outsiders. Qu’ils soient outsiders à cause de leur sexualité, d’une persécution quelconque ou d’une discrimination due au genre, à la race ou à la religion, peu importe. Je suppose qu’on en revient à cette question de liberté existentielle : peut-on surmonter les obstacles qui nous entourent ?
Univers-L Toute la Culture Lesbienne
