Bloomington : Interview d’Allison McAtee, l’interprète de Catherine

Allison McAtee

Interview accordée à l’équipe d’Univers-L le 12 Novembre 2010 pour le site Univers-L.com

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de votre casting pour Bloomington ?

J’ai une Maîtrise de Théâtre et j’ai commencé à jouer professionnellement à New York d’abord au théâtre à Broadway puis à la télévision. J’apparaîtrai dans la prochaine saison de Californication sur Showtime, mais mon support préféré reste les films. Je viens juste de terminer le tournage d’un thriller psychologique appelé Five Souls [Cinq âmes] qui sortira l’année prochaine.

Pour l’audition finale de Bloomington, j’ai fait des essais avec 3 filles (pour le rôle de Jackie). Parmi elles toutes, c’est avec Sarah que j’étais le moins à l’aise, à tel point que j’ai pensé que si elle était prise- je ne le serais pas. C’est un bel exemple de la vision précise que Fernanda avait de ce qu’elle voulait… et une leçon sur les impressions personnelles pour moi.

Qu’est-ce qui vous a séduite dans ce rôle et dans ce film indépendant, tourné dans l’Indiana, en 20 jours ?

En tant qu’actrice, je suis toujours à la recherche de challenges et, -en tant qu’hétérosexuelle-, Catherine m’a obligée à explorer mes propres limites en matière de sexualité. J’ai aussi toujours aimé l’idée d’être “la femme plus âgée”. J’aspire à incarner Mrs Robinson un jour dans le West End ou dans un remake de The Graduate à Broadway. 😉 [NDLT : Le West End regroupe la majorité des théâtres londoniens.]

Avez-vous un jour été fascinée par un(e) enseignant(e) ?

J’ai toujours été dragueuse, même au Collège. Même si je pense que de mon côté, il y avait une irrévérence innocente quant à ce que ça “signifiait”. Tout ça n’était qu’un jeu pour moi… Je suppose que j’étais sacrément aguicheuse.

Comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle ? Avez-vous visionné des films ou lu des livres en particulier ?

Fernanda m’a donné un dossier rempli de films à regarder. Un échantillon de tout le “Cinéma Gay” si vous voulez. Tout depuis  Heavenly Creatures (Créatures Célestes) -qui était brillant, mais tellement dérangeant, jusqu’à The L-Word.

Était-ce difficile de trouver un équilibre pour ce personnage de femme à la fois très séductrice mais aussi extrêmement maternelle ?

Certains moments et situations permettent à des aspects et des traits de caractère de ressortir. (Ce qui est également vrai dans la vie). J’ai toujours vu les gens comme des diamants : avec de multiples facettes… Chaque face reflète la lumière différemment et peut projeter une gamme de couleurs.

Croyez-vous qu’une des deux a plus “profité” de cette relation ou qu’elles en sortent toutes les deux grandies ?

Je pense que toutes les expériences où l’on est profondément attaché à une personne vous font mûrir… C’est inévitable.

Catherine est très froide et hautaine en apparence et pourtant elle se laisse aller plusieurs fois avec Jackie à être très naturelle. Comment avez-vous abordé ces deux aspects et quelles scènes avez-vous préféré tourner ?

C’était une volonté tout à fait délibérée en développant le personnage. Je voulais que Jackie fasse ressortir la “vraie nature” de Catherine. Leurs points communs en tant qu’”exclues” dans leurs univers respectifs rendent le temps qu’elles passent ensemble sincère et sacré. En tant que “Catherine” en compagnie de Jackie, je me sentais bien -à l’aise, et inversement, être la “Catherine” telle que les autres étudiants me voyaient, était comme de porter un masque –c’était théâtral. J’aime assez cette notion de “composition” mais j’ai particulièrement apprécié les moments de vérité.

En quoi pensez-vous que Jackie est différente de toutes les étudiantes avec lesquelles Catherine confie être déjà sortie ?

Jackie et Catherine partagent un point de vue. Elles sont toutes les deux des “outsiders”, et par conséquent, elles font partie de la “même tribu”. Les précédentes conquêtes de Catherine n’étaient pas à la hauteur. Jackie est son égale.

Quel avenir imaginez-vous pour Catherine ? Est-elle condamnée à être quittée par les jeunes gens qu’elle fréquente ?

Je crois que Catherine débute un voyage de découverte personnelle. Je doute qu’il y ait d’autres “jeunes conquêtes” dans un futur proche. Ses précédentes amantes étaient des “sparadraps” si vous voulez, l’aidant à créer et à contrôler un monde où elle était “forte, puissante”, etc. La “vraie” Catherine s’est toujours cachée. Une solitaire abimée et traumatisée, qui se sentait rejetée par ses pairs. Jackie a aidé à révéler la vraie nature de leurs deux personnages, en laissant entrer la “lumière” dans le monde de Catherine grâce à son amour.

Est-ce le premier rôle pour lequel vous interprétez une lesbienne ? Avez-vous été difficile à convaincre ou avez-vous eu quelques inquiétudes ? Ou est-ce un « plus » dans une carrière à L.A ?

J’ai joué une lesbienne sur scène à deux reprises (dans Fefu and her Friends et Blue Window), mais il y a une intimité dans les films qui m’a effrayée au début. En fait, je n’étais pas certaine de pouvoir trouver une autre femme attirante (réellement) et la caméra sait repérer les “faux-semblants” donc au début ça a été une source de préoccupation pour moi. M’immerger dans le personnage a tout résolu.

Je ne pense pas que l’orientation sexuelle d’un personnage affecte négativement ou positivement une carrière à L.A- ou dans n’importe quelle sphère professionnelle.

Quel est votre plus beau et votre pire souvenir de tournage sur Bloomington ?

Honnêtement, je n’ai vraiment aucun mauvais souvenir de cette expérience. C’était un merveilleux projet avec un fantastique groupe d’artistes talentueux. Je suis honorée d’y avoir participé.

Êtes-vous consciente de contribuer à une immense supercherie ? Parce que tout le monde sait que des profs de psychologie aussi canons et qui roulent en Porsche, ça n’existe pas !

En fait, honnêtement- la plus grosse partie de la “supercherie” tient dans le fait qu’à l’écran Jackie et Catherine semblent faire la même taille.

Je suis plutôt grande (1,78m) et Sarah plutôt petite (dans les 1,60m je suppose). C’était un sentiment très étrange de se pencher pour embrasser quelqu’un d’aussi petit, elle avait l’air d’une enfant et ça m’a donné l’impression d’être une pédophile… Donc, pour combler cette différence de taille, elle a porté des talons et s’est tenue sur une “apple-box” pendant tout le film. [NDLT : Littéralement, une cagette de pommes = une petite caisse en bois faisant office de rehausseur.] Elle en a d’ailleurs reçue une en guise de “cadeau de départ”, avec son nom gravé dessus et signée par l’ensemble des acteurs et de l’équipe. 😉

Traduction Magali Pumpkin

Allison McAtee

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