Carol : Interview de Rooney Mara, l’interprète de Therese Belivet

Rooney Mara - Carol

Interview accordée à Kate Erbland le 18 novembre 2015 pour le site Indiewire.com

Personne ne peut le nier, le film Carol de Todd Haynes est une histoire d’amour. Inspiré du roman de Patricia Highsmith, Carol, les eaux dérobées, le long-métrage nommé à la Palme d’Or n’a cessé d’enchaîner les critiques positives et les récompenses depuis sa première à Cannes en mai dernier. Cela est notamment dû aux merveilleuses interprétations de Cate Blanchett (qui joue la séduisante et sophistiquée Carol éponyme) et de Rooney Mara (qui a gagné le prix de la meilleure actrice à Cannes pour son rôle de Therese, la vendeuse timide) qui ont donné complètement vie à leur romance.

Carol ne se délecte pas de la nature salace de son intrigue, mais opte plutôt pour une histoire qui met en valeur les émotions plutôt que les déclarations à l’emporte-pièce. C’était l’intention du film selon Rooney et cela pourrait même être l’origine de sa force et de son charme.

Indiewire a récemment discuté avec Rooney de la pression résultant de la tournée des cérémonies de récompenses, de la raison pour laquelle Carol n’est pas un film politique et de la question que tout le monde lui pose tout le temps.

Ce doit être un vrai marathon pour vous.

Je crois que l’on parle du film depuis mai, c’est-à-dire depuis Cannes, mais on a eu des moments de repos entre-temps.

Comment faites-vous pour conserver cette puissance émotionnelle en parlant du film ?

Faire semblant jusqu’à ce que ça fonctionne ? [rires] Il va de soi que je suis très fière du film, donc il est facile d’en parler, mais tout ça commence à devenir vraiment difficile. Évidemment, les autres entendent ces réponses pour la première fois, mais on se sent toujours bizarre. C’est toujours stimulant d’essayer, mais il vous faut en quelque sorte vous y soumettre et juste apporter les mêmes réponses aux mêmes questions à chaque fois. Il faut simplement le faire.

Les discussions sur les récompenses doivent aussi créer un autre niveau de stress.

Je ne peux parler que de cette expérience-ci, mais ça ne rajoute pas vraiment de stress. Il y a eu des discussions à ce propos qui ont été stressantes, mais aucune de ces décisions ne m’appartient… ça va au-delà de ce pour quoi on me paie, et je laisse cela aux personnes pour qui c’est le travail de parler et de se soucier de ça. Il est clair que ce genre de discussion est génial parce que ça veut dire que davantage de personnes verront le film au final. Ces récompenses sont un super tremplin pour un petit film comme celui-ci, et c’est un film que je veux vraiment que les gens voient.

En quoi cette expérience est-elle différente de la fois où vous étiez nommée pour Millénium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes ?

C’était très différent parce que là le film est sorti en décembre donc, forcément, il y a eu une tournée de presse énorme. C’était différent, mais je ne sais pas encore vraiment en quoi. Je n’avais jamais fait une tournée de presse comme celle-ci donc juste en ça c’est différent.

J’ai parlé à Cate il y a un mois et elle m’a dit pourquoi, selon elle, le film parle davantage du fait de tomber amoureuse et que les questions de genres et de sexualités sont très secondaires. Est-ce que c’est aussi ce que vous ressentez ?

Je crois que c’est ce que nous avons tous ressenti. Au centre de ce film, il y a une histoire d’amour entre deux êtres humains. Oui, ce sont deux femmes, mais il y a aussi beaucoup d’autres choses qui jouent contre elles en plus du fait que ce soit deux femmes. Je ne pense pas que le film soit un film politique d’une quelconque façon que ce soit. Je ne pense pas que le film ait une arrière-pensée ou qu’il fasse la morale au public. Je pense que, grâce à ça, le public peut vraiment s’y plonger sans être sur la défensive et voir deux personnes tomber amoureuses l’une de l’autre.

Pensez-vous que le film ait le pouvoir de changer l’opinion des spectateurs qui ne sont pas spécialement ouverts vis-à-vis des relations homosexuelles ?

Je pense qu’il a sa chance parce que ce n’est pas un film avec un message politique. Les gens qui ne sont pas si ouverts d’esprit ou de cœur que ça ne se sentiront pas attaqués parce que nous ne leur disons pas ce qui est bien ou mal. Je pense qu’il y a une chance que les gens le regardent et voient ces personnes comme des êtres humains à qui ils peuvent s’identifier.

Il y a tellement de choses chez Therese auxquelles des filles de cet âge pourront se raccrocher et il y a tellement de choses chez Carol auxquelles les femmes de cet âge pourront s’identifier, comme le fait d’être mère, de traverser un divorce. Il y a beaucoup de choses qui peuvent parler aux gens.

Therese traverse un grand bouleversement émotionnel, mais elle se trouve aussi également au niveau professionnel. Ça c’est toujours d’actualité.

C’est vraiment dur de devenir adulte dans la société d’aujourd’hui. La société veut que vous décidiez ce que vous voulez faire de votre vie à 16 ans. La plupart des gamins ne savent pas ce qu’ils veulent faire. Comment le pourraient-ils ? Ils n’ont pas encore découvert le vrai monde.

Je crois que ce qu’il se passe avec Therese c’est qu’elle vit la vie que la société veut qu’elle ait. Elle a ce petit ami qui, sur le papier, semble parfait et leur relation avance. Elle a aussi un groupe d’ami et cette espèce de boulot banal, mais elle n’est pas épanouie. Elle se sent très seule. Je pense que c’est difficile pour elle de comprendre parce que, sur le papier, elle a la vie qu’elle est censée avoir, mais elle n’est toujours pas heureuse.

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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