Interview de la romancière Cy Jung

Cy Young

Interview accordée à Isabelle B. Price pour le site Univers-L.com le 28 Juillet 2008

Vous êtes licenciée en Droit public et titulaire d’un diplôme de 3e cycle de I’institut d’Études politiques de Paris. Comment en êtes-vous arrivée à écrire votre premier roman Once Upon A Poulette ?

Once Upon A Poulette n’est pas mon premier roman. Avant lui, j’avais écrit L’homme à la crotte gelée, un texte tout à fait impubliable et qui n’est d’ailleurs pas publié. Après ce premier roman où l’écriture prenait le pas sur le récit, j’ai eu envie d’écrire une histoire d’amour entre filles, parce qu’à l’époque, il n’y en avait pas beaucoup de disponibles.

Aujourd’hui vivez-vous de vos écrits ?

En dix ans, j’ai publié dix livres et cinq nouvelles qui m’ont été payés 12 000 euros bruts (pour vingt-cinq mille volumes vendus, tous titres confondus) ; je vous laisse faire le compte.

Selon les livres, je suis payée entre 2 % et 10 % du prix hors taxe du livre. Le « tarif syndical » est de 10 % mais, comme beaucoup d’auteurs, j’ai péché par crainte de ne pas être publiée lors de mes premières publications et ai signé des contrats fort peu respectueux du travail de l’auteur. Aujourd’hui, je suis payée normalement et invite les jeunes auteurs à ne pas faire la même erreur que moi.

Comment vous organisez-vous pour écrire ? Vous avez des horaires réglés ou vous préférez suivre le cours de vos pensées ?

J’écris tous les matins (sauf le dimanche) de 9 heures à 13 ou 14 heures. Je m’assois à mon bureau. J’ai un programme précis et je le respecte. Si je travaille de nouveau l’après-midi, c’est pour m’occuper de la promotion, de la recherche de documents ou d’information, de mon site, etc.

Vos romans se déroulent tous en France et à Paris ou en Provence. Jamais eu envie de créer des héroïnes vivant dans d’autres pays ?

J’ai peu voyagé. Je ne connais donc bien que Paris et j’aime que mes récits soient plausibles en temps et en lieu. Je tiens également beaucoup à leur ancrage culturel ; j’aime les clins d’œil à l’histoire, à la politique, à l’actualité. J’aurais vraiment l’impression de me fourvoyer si je devais situer un récit ailleurs que dans mon univers culturel et géographique.

En 1998, votre premier roman Once Upon A Poulette était également la première publication des Éditions KTM. Quel était votre objectif à l’époque ? Poursuivez-vous toujours le même ?

Avec ce roman, je souhaitais proposer une belle histoire d’amour entre filles avec un peu de sexe dedans. Je suis toujours dans cette logique, notamment avec ma série des « roses » (Carton Rose, Bulletin Rose & Diadème Rose) même si avec Cul Nu, Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train, et aujourd’hui Un roman d’amour, enfin, mon travail se veut aussi axé sur la recherche en écriture.

En dix ans trouvez-vous que les choses ont évolué en matière de littérature lesbienne en France ?

Je lis peu. Ce que je note essentiellement c’est que l’offre de récits a prodigieusement augmenté grâce au travail des maisons d’édition LGBT. J’en suis ravie. Les lesbiennes ont besoin de se faire une bibliothèque riche d’auteures très diverses.

Vous avez été la première véritable auteure à parler du désir et de la passion au féminin. En quoi était-ce important pour vous d’aborder ces sujets ?

L’oppression des femmes se traduit toujours par la servitude sexuelle et je note que leur « libération » se fait par la reconnaissance de la libre disposition de leur corps (contraception, avortement, pénalisation du viol notamment conjugal, etc.).

Être lesbienne, dans ce contexte, peut être considéré comme le stade ultime de la libre disposition de son corps et de l’autonomie sexuelle. Pourtant, les lesbiennes ont tendance à « camoufler » leur sexualité, s’accordant de l’image d’Épinal qui la réduit à quelques caresses et autres frottements de Tribades. C’est parce que cette image les protège. En se retirant de la « réalité sexuelle », elles espèrent être préservées de la violence des hommes qui sont — en tant que genre — toujours très rétifs à l’autonomie sexuelle des femmes.

Tout en ayant conscience de cela, je crois qu’à l’instar des femmes, les lesbiennes ne seront véritablement acceptées et respectées que par la revendication de cette autonomie sexuelle qui passe par la visibilité de leur sexualité. Voilà en tout cas le sens de mon engagement.

Dans votre dernier roman, Un roman d’amour, enfin, il est beaucoup plus question d’amour, de réflexion et de tout ce que cela implique que de désir. Vous êtes passée à l’étape suivante. Ce livre marque-t-il un tournant dans votre manière d’écrire ?

Une étape, sans doute ; un tournant, l’avenir le dira. Je n’ai pas l’intention d’écrire toujours le même livre, même dans ma série des « roses » que je continue tout en préparant déjà un roman en écho à ce Roman d’Amour et à Mathilde, qui l’a précédé (et préparé).

Vous donnez le sentiment de vous écarter des conventions, je pense notamment aux scènes d’amour que vous décrivez dans vos premiers romans, à Cul Nu et à la manière dont vous parlez du couple dans Un roman d’amour, enfin. Est-ce une manière de vous engager pour la différence ?

Je suis albinos et lesbienne ; il me semblerait fondamentalement incongru de vouloir être « comme tout le monde » ; ce serait à coup sûr source d’une véritable souffrance. Je ne cultive donc pas ma différence ; elle est mon identité, simplement, et je défends mon identité.

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

Répondre