The Watermelon Woman & The Owls : Interview de la scénariste, réalisatrice et actrice Cheryl Dunye

Cheryl Dunye

Interview accordée à Natasia Langfelder le 21 mai 2010 pour le site Lezgetreal.com

Cheryl Dunye, née au Liber, a obtenu sa licence en arts de la Temple University et son master d’arts de la Rutgers University’s Mason Gross Scholl of the Arts. Dunye a reçu de nombreux prix nationaux et internationaux pour son travail dans les arts médiatiques. Son troisième long-métrage, Papas Chéris, distribué par Miramax, fut un succès au box-office et fut joué dans les cinémas à travers tout le pays. Le second long-métrage de Dunye, l’acclamé The Stranger Inside de HBO films a été nominé pour le prix Independent Spirit de la meilleure direction en 2002.

Dunye a écrit, dirigé, et joué dans son premier film qui fut le premier long-métrage lesbien afro-américain, The Watermelon Woman. Il a gagné le Teddy Bear au festival international du film de Berlin et le meilleur long-métrage à l’OutFest de Los Angeles, au Torino italien, et aux festivals de films de Créteil en France. Les autres œuvres de Dunye ont été incluses dans le Whitney Biennal et diffusées aux festivals de New-York, Londres, Tokyo, Cape Town, Amsterdam et Sydney. Dunye enseigne actuellement au département du film et des arts médiatiques à la Temple University et travaille sur une liste de nouveaux projets aux États-Unis et à l’étranger.

Dunye présentera deux films au prochain festival de films et vidéos LGBT de Toronto Inside Out. The Watermelon Woman : dans ce film Cheryl (Dunye joue le personnage principal) découvre une actrice qui a joué des rôles de Mama dans les années 30 d’Hollywood mais qui n’est pas reconnue pour la plupart de ses films, connue à la place comme « The Watermelon Woman ». Au fur et à mesure que Cheryl révèle des détails à propos de la vie et de la sexualité de l’actrice, la vie de la réalisatrice change de tournure au fur et à mesure qu’elle tombe amoureuse d’une riche fille blanche (Guinevere Turner de Go Fish), détruisant sa relation avec Tamara.

Dunye présentera également son film The Owls. Il y a dix ans, Iris (Turner) était chanteuse dans un groupe de musique lesbien et punk The Screech, qui s’est séparé à cause d’un drame lesbien et des excès de rock’n’roll. Maintenant la fauchée et alcoolique Iris est de retour à Los Angeles pour vendre la maison qu’elle a autrefois partagée avec son ex-amoureuse et copine de groupe, M.J. (Brodie). Lily (Lisa Gornick) chantait aussi dans The Screech, mais sa consommation habituelle de drogue l’a presque détruite, et ce fut seulement lorsqu’ellesortît avec la pacifique Carol (Dunye) qu’elle retrouvât son talent. Mais Lily et Carol, qui souhaitent avoir un enfant, prennent doucement des directions différentes.

Ces quatre vieilles lesbiennes peuvent paraître être les vieilles lesbiennes sages de The Owls, mais ne laissez pas leur maturité vous berner. Elles restent à peine unies lorsqu’elles gardent un secret, un secret que l’androgyne et étrangère Skye (Cooper) est sur le point de découvrir.

The Watermelon Woman est sorti, à la base, en 1996. Pourquoi présenter ces deux films au festival ? Y a-t-il une connexion ou une continuité que vous essayez de nous montrer ?

The Watermelon Woman a été fait en 1996 et The Owls a été fait cette année. C’est le vingtième anniversaire du festival Inside Out de Toronto. Les deux films sont des travaux précurseurs pour une directrice lesbienne afro-américaine et il est important de les inclure dans le discours de la culture homosexuelle afro-américaine. Ces sujets sont importants. The Watermelon Woman parle de la découverte de l’identité et The Owls parle des complications présentes des années après cette découverte. Donc vous pouvez dire que c’est le fil conducteur.

Il y a eu beaucoup de controverses autour de The Watermelon Woman. Spécialement parce qu’il fut attaqué au Sénat par un membre du Congrès conservateur. Pourquoi pensez-vous que le film a provoqué une réaction si violente de la part des conservateurs ?

Eh bien nous ne voulons pas côtoyer ce que nous ne connaissons pas. L’on voit cela se passer maintenant et ce fut ce qu’il s’est passé alors. Je pense que l’on est assez peu à l’aise avec un film qui a reçu des fonds fédéraux. Lee s’est levée et a dit la même chose que moi : que l’art a plusieurs formes et que vous n’avez pas à l’aimer, mais vous devez l’accepter.

Vous jouez et dirigez les deux films : The Owls et The Watermelon Woman. Préférez-vous être devant ou derrière la caméra ?

Un peu des deux, il y a des moments où vous avez besoin d’être devant la caméra pour jouer et ajouter ce petit plus de visibilité. Alors qu’être derrière la caméra vous donne ce contrôle. Dans Stranger Inside j’ai fait un travail formidable en tant que directrice derrière les caméras (sans y jouer). En fait, j’ai même été nominée pour un prix Independent Spirit pour ça.

Est-ce un challenge de vous dirigez vous-même en tant qu’actrice ?

Comme je suis là au début du développement du projet et de la conception, ce n’est pas vraiment un challenge. Lorsque vous montez sur le plateau et qu’il y a des personnes qui demandent les directions que veut prendre le directeur et des gens qui disent aux acteurs où se placer c’est un peu plus compliqué. En post-production, pour certaines personnes, c’est un défi de devoir se regarder. Je comprends que tout ne soit pas toujours bon, mais c’est important.

Comment avez-vous évolué ou changé en tant qu’artiste entre The Watermelon Woman et The Owls ?

Je ne sais pas comment exactement, mais j’ai grandi et changé. La Cheryl deThe Watermelon Woman appartient au passé, même la Cheryl qui a fait The Owls est déjà une personne différente. Tout ce que nous faisons nous change. Je suis déjà une personne différente parce que toutes les expériences, tous les dialogues, tous ont un impact sur qui je suis en tant que personne. Lorsque j’ai réalisé The Watermelon Woman, je n’étais pas mère et maintenant j’ai deux adolescents. Je suis dans un univers adolescent, je travaille dans un univers différent.

Vos films sont très personnels. À quel point The Owls est-il basé sur vos propres expériences et à quel point est-ce politique ?

C’est ma marque de fabrique. Donc je suppose que le personnel est politique comme nous l’entendons dire dans la communauté créative culturelle activiste. Je n’ai pas de pourcentage en tête mais la plupart de ce que je fais vient de ce mélange.

Vous êtes une telle pionnière en matière de sexualité et de race, il n’y a pas eu beaucoup de modèles ou de gens à admirer « avant vous ». Quelles sont vos influences ?

Nombreuses, elles sont nombreuses. Je dirais des gens comme Goddard et des pionniers en matière de sexualité comme Annie Sprinkle, Michelle Parkerson et Rob Epstein, qui est mon collègue maintenant. Les gens qui font du mélodramatique comme Doug Le Circ gèrent la manœuvre. En ce moment j’étudie la comédie de Peter Bogdanovich On s’fait la valise, docteur ?. En réalité, c’est l’une de mes comédies préférées avec Barbara Streisand. Je travaille sur une version comédie porno de cela. [Note : restez connectés à lezgetreal.com pour des infos sur ce projet]

Il y a un gros débat autour de la communauté lesbienne et de la question de racisme dans cette communauté. Pensez-vous que les problèmes se résolvent ou s’empirent ?

Je pense qu’en général la question du racisme s’est un tout petit peu [améliorée] depuis que nous avons tous ces dirigeants de couleur dans le monde. Dans mon pays, je suis née au Liber, une femme est présidente, Ellen Johnson Sirleaf. En Amérique, nous avons, bien évidemment, le président Obama et il y a également eu Nelson Mandela et nous savons que les histoires s’imprègnent de cela. Je pense que nous avons besoin de moments un peu novateurs, mais une fois que l’on voit un visage familier comme dans Le Cosby Show, on s’y habitue.

Guinevere Turner est dans les deux films que vous montrerez au festival Inside Out de Toronto. Elle a écrit pour The L-Word ce qui a été critiqué car cela ne montrait pas les complexités des femmes de couleur. Pensez-vous qu’il s’agisse d’une critique juste ?

Je ne peux pas parler de The L-Word parce que je vivais en Hollande à cette période. Mais j’ai entendu toutes les provocations, les critiques et les répercussions autour de cela. En faisant partie de la communauté je connais les dessous de l’histoire. The L-Word a été une révélation qui a changé de façon globale la population. J’ai choisi d’avoir [Guinevere Turner] dans un but d’unification. C’est une femme accomplie qui représente une certaine politique et visibilité. Tout comme Brodie, qui est sa partenaire dans Go Fish, et Lisa Gornick, qui est une représentation à la fois de Guinevere et de moi-même. Je voulais avoir des personnes qui avaient laissé leur trace dans la culture lesbienne.

C’est une question que je pose beaucoup parce que j’aime vraiment savoir et parce que j’ai l’impression que c’est intéressant, tout particulièrement avec la controverse de Newsweek du moment. Je ne sais pas si vous en avez entendu parler mais, en gros, Newsweek a attaqué des acteurs gays en disant qu’ils ne pouvaient pas jouer des hétéros. C’est déjà certainement assez dur pour les acteurs homosexuels de trouver du travail. L’orientation sexuelle d’un acteur est-elle une chose à laquelle vous pensez lors des auditions ?

Oui et non. Je crois que je fais du travail gay donc je veux des performances homosexuelles. Je n’ai pas tellement travaillé avec des acteurs hétéros jouant les gays sauf quand j’ai fait Papas Chéris, ce film Miramax, où il y avait un acteur hétéro qui jouait un gay, il n’y avait aucun [acteur gay] que le studio approuvait. J’ai rencontré ce problème dans le monde réel. Si vous voulez faire du cinéma Hollywoodien il vous faut jouer avec ces règles. Vous pouvez faire tout ce que vous voulez sinon. Donc je fais ce que je veux.

Personne ne sait quoi faire depuis cette révolution numérique. Cela change notre façon de faire des films et de choisir les sujets de films. Vous jouez avec les règles d’Hollywood, vous n’aurez pas ce que vous voulez. Peut-être veulent-ils [Hollywood] que l’on reste invisible. Les gens avec qui je travaille n’accepteront pas ça et feront leur propre art.

Il y a eu beaucoup de discussions concernant le langage récemment, concernant les termes que l’on utilise pour se décrire et décrire notre sexualité. Certaines personnes ne veulent pas utiliser les mots « homo » ou « gouine » même entre nous, certaines personnes ne veulent pas inclure les entre-sexes et se rallier au nom de LGBT. Où vous placez-vous dans ce débat ?

Ah. Je suis juste Cheryl et juste une artiste et j’essaye vraiment de rester en dehors de cette arène d’étiquetage. Bien que mon dernier film explore la confusion que je ressens pour les étiquettes, lorsque je vivais à l’étranger les étiquettes n’étaient pas aussi claires. Les problèmes de classes et de races sont plus globaux. Les classes, les races, l’économie occupent une place plus importante que certaines politiques qui, je pense, font leur campagne autour de l’étiquetage de la communauté LGBT. Nous pourrions dépenser notre énergie ailleurs parfois.

Y a-t-il quelque chose que vous voudriez dire à nos lecteurs ?

Juste : amusez-vous, faites votre travail et poursuivez vos rêves.

Interview Originale sur Lezgetreal.com

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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