Itty Bitty Titty Committee : Interview de la réalisatrice Jamie Babbit

Itty Bitty Titty Committee : Interview de la réalisatrice Jamie Babbit

Interview accordée à Kathy Belge pour le site LesbianLife.com le 24 Juin 2007

Jamie Babbit fait partie de la nouvelle catégorie de directrices et de productrices d’Hollywood qui ont été « out » toute leur carrière et n’ont pas peur de faire des films lesbiens. En fait, ce sont des pionnières, apportant des histoires gays et lesbiennes au grand public. Le premier long-métrage de la directrice primée, Jamie Babbit est But I’m a Cheerleader, qui fait partie de ma liste des Dix Meilleurs Films Lesbiens de tous les temps. Son dernier film, Itty Bitty Titty Committee, pourrait battre un des films et le remplacer dans la liste.

J’ai eu l’opportunité de parler avec Jamie Babbit avant la projection d’Itty Bitty Titty Committee à Frameline, le festival des films LGBT de San Francisco.

Concernant Itty Bitty Titty Committee, vous avez utilisé une équipe totalement féminine sur ce film. En quoi cela était-il différent de la façon habituelle dont vous travaillez ?

C’était génial. J’essaie d’embaucher, et j’embauche principalement, des femmes de toute façon, parce que j’aimerais que les gens se libèrent de leur conditionnement pour m’embaucher. Il y a tellement de sexisme, en particulier au sein des équipes. Donc je voulais donner une chance à des femmes vraiment talentueuses de montrer ce qu’elles pouvaient faire. C’est vraiment important pour moi. Le film traite des femmes politiques et féministes et je voulais que sa production reflète le film.

Qu’est-ce qui vous a intriguée dans le concept radical/politique général ?

Je suis intriguée par les politiques radicales. Je fus impliquée dans beaucoup de groupes politiques au collège. Je suis toujours impliquée dans des groupes radicaux. Je n’avais jamais vu un film traitant de ce qui se passait réellement dans ces groupes – la romance, les déceptions, l’amusement et la tragédie. Je n’ai, moi-même, jamais été aussi radicale qu’Itty Bitty Titty Committee, mais quelque part j’aurais aimé.

Dans quels types de groupes avez-vous été impliquée ?

J’étais impliquée dans des groupes pacifiques comme the Guerrilla Girls et des groupes pour le droit à l’avortement ainsi que dans POWER UP et des groupes qui promeuvent le pouvoir des femmes, des lesbiennes et le droit à l’avortement.

Les musiques du film sont toutes de riot grrl. Pourquoi ?

C’est personnellement ce que j’aime. À mon avis, ce qui fait le succès de la musique des riot grrl est que c’est très amusant et vraiment énergisant. Je pense que [le groupe riot grrl] a fait du bon travail en rendant le féminisme marrant et je voulais en faire l’équivalent cinématographique.
Il y avait aussi un film que j’avais vu dans les années 80 appelé Born in Flames qui fut d’une grande inspiration. Ce film lui ressemble beaucoup, même si celui-ci est une comédie et l’autre un drame : un groupe de féministes radicales font exploser le World Trade Center.

Il y a eu une polémique à ce festival. [Un film fut retiré de l’agenda suite à des protestations le disant transphobe.] Que pensez-vous de la décision de Frameline de retirer le film ?

Je comprends la décision de Frameline et je comprends aussi que c’est difficile, en tant que réalisateur, de contenter tout le monde. Mais je sais également qu’il y a des choses qui peuvent vraiment être blessantes pour une communauté. Le truc à propos de San Francisco, plus qu’à aucun autre endroit, c’est que l’atmosphère est très très chargée en politique. C’est une des choses que j’aime ici, mais c’est aussi absurde en quelque sorte. Par exemple je suis venue ici il y a huit ans pour projeter un film appelé Sleeping Beauties, dans le programme des courts-métrages pour filles. Et la même année il y avait, dans le programme Roe V. Wade, un documentaire appelé Roe, à propos des femmes, de sa conversion [NDLT : la conversion de Jane Roe] au Christianisme afin d’obtenir une renaissance religieuse et comment cela se faisait que maintenant elle était anti-avortement. C’était un très bon documentaire parce que ça parlait d’une femme qui avait été utilisée par les deux côtés. Les activistes favorables à l’avortement commençaient à parler de façon très vive après le film. Et cela semblait si inconvenant. Seulement basé sur le film. Évidemment, j’avais fait partie du mouvement pour l’avortement durant quelques temps, mais je pense juste qu’il y a à San Francisco un esprit très véhément, typique de San Francisco.
C’est quelque chose que je voulais montrer dans ce film. Je pense que les gens qui sont très extrêmes en politique sont nécessaires pour faire avancer le mouvement, et chaque mouvement a besoin d’extrémistes.

J’ai entendu dire qu’en tournant le film vous pensiez à le projeter ici. Donc comment vous sentez-vous là tout de suite ?

Vraiment excitée et vraiment vraiment heureuse. Parce que le film est tellement politique et que j’ai l’impression que s’il peut parler à n’importe quelle communauté, il parle à cette communauté là. Tout spécialement en vivant à L.A. où la politique est vraiment aseptisée, c’est bien d’être dans un endroit où les gens sont vraiment politiques et vont vraiment apprécier le film.

Vous attendiez-vous à ce que le film gagne autant de récompenses que celles qu’il a eues ?

(Il a gagné le Meilleur Long-Métrage Lesbien au Festival International des Films Gays & Lesbiens de Barcelone, le Meilleur Long-Métrage Narratif au Festival de Films Homosexuels de Melbourne et le Meilleure Long-Métrage Narratif au festival de films South by SouthWest).
Assurément pas, pas du tout. Principalement parce que je m’attendais à ce que ce film traite vraiment de la communauté, fait pour la communauté, par la communauté. J’étais surprise qu’il gagne le prix du meilleur film au South by SouthWest, parce que ce n’est pas un festival homosexuel, ce n’est pas un public homosexuel. J’étais surprise que tant d’hommes aiment le film. Mais je pense que cela parle à tout le monde, lorsqu’une fois dans leurs vies ils aient été extrémistes. C’est vraiment un sentiment génial que cela s’applique aux gars aussi.

Vivez-vous de vos projets lesbiens ?

Eh bien, je dirige The L-Word en ce moment, ce qui est un projet lesbien et j’en vis.

Plus tôt dans votre carrière, avez-vous eu des réserves sur le fait d’être « out » ?

Non je n’ai jamais eu aucune réserve. Je ne sais pas, peut-être que c’est mon âge, ou mes parents. Ça a été bien. Je vis à L.A. et j’ai rencontré beaucoup plus de sexisme que d’homophobie. Mais bien sûr, le sexisme est partout.

Je sais que vous avez un enfant. Comment est-ce que cela fonctionne, lorsque vous et votre partenaire (la Productrice Andrea Sperling) êtes si occupées ?

C’est vraiment dur. On dépend de beaucoup d’amis et de beaucoup d’aides extérieures. Mais nous sommes toutes les deux des mamans qui travaillent. Le bon côté de travailler à la télé et de faire des films est que je travaille tout le temps et ensuite je ne travaille plus du tout. Donc j’ai genre trois ou quatre mois d’arrêt sur une année, mais lorsque je travaille, je travaille vraiment dur. Et, en fait, je suis enceinte. Donc je suis en route pour le prochain, en novembre.

Interview Originale sur le Site LesbianLife

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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