Itty Bitty Titty Committee : Interview de la réalisatrice Jamie Babbit

Itty Bitty Titty Committee : Interview de la réalisatrice Jamie Babbit

Interview accordée à Danielle Riendeau pour le site Afterellen.com le 26 Septembre 2007

Jamie Babbit n’en est pas à son coup d’essai dans la réalisation de comédies centrées sur des personnages lesbiens. L’auteure et réalisatrice ouvertement homosexuelle a fait une entrée remarquée en 1999 avec But I’m a Cheerleader (Mais, je suis pom pom girl !) et cette année, elle nous revient avec la comédie féministe désopilante Itty Bitty Titty Committee [NDLT : Comité imaginaire dont font partie les femmes qui ont de petits seins] projetée ce weekend à Los Angeles après l’avoir été dans un festival du film qui a bien marché.

Babbit est une femme occupée, qui partage son temps entre une carrière à temps plein de réalisatrice de programmes télévisés et développeuse de films indépendants et son rôle de maman (elle et sa compagne Andrea Sperling, qui est productrice, ont une fille). Elle a  pris le temps de faire une pause sur le plateau de la nouvelle série Gossip Girlqu’elle réalise et qui passe sur CW, pour s’entretenir avec AfterEllen.com de Itty Bitty Titty Committee, de son travail à la télé et au cinéma et de ses projets à venir.

Bon, parlez moi de ce que vous tournez aujourd’hui.

C’est une série qui s’appelle Gossip Girl pour la chaîne CW et par les créateurs de The O.C. [diffusé sous le nom de Newport Beach en France].  Ça ressemble un peu à The O.C. mais sur la Côte est. J’en suis la réalisatrice et avant ça, je réalisais The L-Word à Vancouver. Je travaille beaucoup pour la télé en fait.

Préférez-vous réaliser des séries télé plutôt que des films ?

Non, je ne préfère pas. J’aime faire des deux en fait, chacun pour des raisons différentes. J’aime réaliser des films indépendants parce que j’y aborde des sujets qui m’intéressent personnellement mais il est très difficile d’attendre des années entre chaque projet et de travailler avec de toutes jeunes équipes qui font leurs premiers pas… Mais j’apprécie réellement l’aspect créatif de travailler sur des films et j’aime aussi tout le côté contrôle créatif.
Quant à la télé, j’apprécie vraiment de travailler avec une équipe expérimentée et collaborer sur quelque chose que je tourne et en l’espace d’un mois, c’est terminé… J’espère toujours continuer à aller de l’un à l’autre.

Comment trouvez-vous cet équilibre entre travailler à la fois pour la télé et sur des films indépendants ?

Et bien, n’importe quel film vous prendra deux ans de votre vie alors que les séries télé vous prennent trois semaines. Ce qui fait que je réalise entre six et sept séries à l’année et le reste du temps, je le consacre à des films indépendants, que ce soit à l’écriture d’un script, au tournage ou au financement… Donc j’arrive à trouver un équilibre. Et je suis aussi une maman.

Ca ressemble presque à un numéro d’équilibriste.

Et bien, la vie est un défi et… [rires] tout est question d’équilibre, vous voyez? Je ne sais pas, j’essaie que tout fonctionne bien.

Alors,  comment Itty Bitty Titty Committee a-t-il vu le jour?

C’est un film que j’aurais voulu faire juste après But I’m a Cheerleader. J’avais toujours été inspirée par la riot grrl music depuis le début des années 90…
[NDLT : Riot grrrl (ou riot grrl) est un mouvement musical à la croisée du punk rock et du rock alternatif aux idées féministes, et ayant connu son apogée au début des années 1990. C’est une réaction aux tendances machistes de certaines parties du mouvement punk. Source Wikipedia] J’ai assisté à beaucoup de concerts des Bikini Kill et des Sleater Kinney et j’ai beaucoup aimé la relève de ces groupes comme Le Tigre [NDLT : En français dans le texte] ou Peaches. J’ai toujours voulu faire l’équivalent de cette musique en version cinéma.
De plus, au fil des années, je me suis impliquée dans de nombreux groupes féministes radicaux militant pour le droit à l’avortement ou la condition des femmes. Donc je voulais aussi faire un film à propos de mon expérience dans ces groupes,  vu de l’intérieur. Pas en donner une version romantique, mais bien la réalité avec son lot d’hypocrisie et de fausseté inhérent à ce genre de groupes. C’est comme ça que le script a démarré.
Ma compagne, Andrea Sperling et moi avons travaillé dessus pendant plusieurs années pour aboutir à une ébauche d’une quinzaine de pages. Puis, lorsque POWER UP nous ont dit qu’elles voulaient participer, Andrea leur a parlé de notre ébauche Itty Bitty Titty Committee et elles ont pris part au projet en tant que studio de production pour développer le script…
[POWER UP est une association américaine à but non lucratif et un studio de production ayant pour mission de promouvoir la visibilité et l’intégration des lesbiennes dans l’industrie du spectacle, de l’art et de toutes formes de médias.] Ça nous a pris deux mois en y travaillant tous ensemble, POWER UP, Andrea, moi plus deux scénaristes. Nous avons bouclé le script et POWER UP l’a financé. Ça a été un beau cheminement et c’était agréable de travailler avec elles car elles sont très attentives en matière de politique et elles étaient enthousiastes à l’idée de faire une comédie sur le féminisme, chose pour laquelle de nombreux studios se seraient montrés réticents.

Le film avait un joyeux côté anarchique. Comment vous y prenez-vous pour assembler tous les éléments sans perdre de vue le fil de l’histoire ?

Vous savez, c’était un schéma narratif plutôt traditionnel en fait. Certaines personnes m’ont dit « Oh, c’est une problématique tellement anarchique, vous l’avez racontée d’une façon très hollywoodienne.» et je me disais, personnellement, les films que j’aime sont narratifs,  parce qu’ils reflètent le monde dans lequel je vis.
Mais en ce qui concerne l’aspect narratif, c’était plutôt traditionnel. Alors bien que cela traite d’un sujet plutôt  outrancier,  le script pour sa part était très maîtrisé avant qu’on commence à filmer. Ce n’est qu’ensuite que j’ai pu être plus « expérimentale » sur la forme, la distribution et tous ces trucs, justement parce que le script était si rigoureux.

Donc on était dans de bonnes conditions quand on a commencé. Je pense que c’était à peu près pareil que sur Cheerleader – c’était un sujet outrancier mais raconté de manière conventionnelle. [C’est] précisément le genre de choses que j’aime faire.

Et comment avez-vous enrôlé autant d’icônes lesbiennes sur un même film ?

J’avais déjà travaillé avec la plupart d’entre elles auparavant donc ça a été plutôt facile. J’avais travaillé avec certaines à la télé : avec Carly Pope sur Popular et avec Daniela [Sea] sur The L-Word. Je connaissais beaucoup d’entre elles personnellement donc ça a beaucoup aidé. Et ce sont toutes des personnes très sympas. J’ai beaucoup de chance.

J’ai lu que c’était pour ainsi dire une production 100% féminine – ça a dû être amusant.

En fait, ça a été beaucoup plus comparable au fait de travailler avec une équipe mixte que j’aurais pu le penser. Mais c’était un bonne motivation. Ce que je veux dire, c’est qu’on était bien entourées.
On aurait dit que tout le monde travaillait sur le film pour des raisons politiques et on aurait presque dit que le tournage de ce film était un peu le reflet de Itty Bitty Titty Committee – tout comme les CIA [Les clitos en Action, le groupe qui est au cœur du film] se déplacent et essaient de réveiller les consciences et faire tous ces trucs, vous voyez – et c’est ce que nous faisions avec ce film. Donc c’était vraiment sympa, de calquer ce qui se passait dans le script avec ce qui se passait sur le plateau de tournage.
Et bien sûr, il y avait aussi beaucoup d’histoires de cœur et tout ça. Et je suis sûre que certaines personnes ont prétendu vouloir travailler sur le film pour des raisons politiques alors qu’en réalité, elles voulaient y travailler pour pouvoir rencontrer des filles. C’est comme dans une des scènes du film.

Il y a toujours plus d’action derrière la caméra que devant, pas vrai ?

Exactement. Mais c’est bien parce que ça m’a permis d’avoir des personnes qui ont travaillé sur le film pour presque rien et même en fait pour rien parce qu’elles cherchaient de la romance. Certaines l’ont trouvée et d’autres pas. [rires.]

Entre Itty Bitty Titty Committee et Cheerleader vous vous êtes bâti une sacrée réputation question comédie. Pensez-vous qu’il soit plus difficile de réussir dans ce domaine plutôt que dans les films dramatiques ?

Ils présentent tous les deux des difficultés. La comédie est facile si vous avez de bons acteurs qui sont drôles. Si vous avez des acteurs qui ne le sont pas, vous êtes foutus, donc je pense qu’il est plus difficile de trouver des acteurs qui soient drôles. Je pense que de nombreux acteurs ont beaucoup de talent, c’est juste qu’ils n’ont pas ce ressort comique. Sur ce point, la comédie est plus difficile mais je ne pense pas qu’elle soit spécialement plus dure à diriger. Peut-être parce que j’ai une tendance naturelle à voir le côté comique de la vie donc ce n’est pas difficile pour moi de trouver comment le mettre en scène d’une manière amusante. Je ne me considère pas comme quelqu’un de sérieux, donc ce n’est pas un exercice qui m’est étranger.

Comment est-ce réellement de travailler sur The L-Word ? Est-ce qu’en coulisse, c’est aussi intense que dans la série ?

C’est vraiment sympa en fait parce que les actrices sont très amicales et l’équipe est très amicale donc il y vraiment moyen de s’éclater à Vancouver, en allant en boîte ou en sortant dîner. C’est un groupe de gens vraiment sympas ; je les apprécie vraiment. Et c’est aussi un groupe d’actrices super talentueuses que je suis vraiment chanceuse d’avoir pu diriger, comme Jennifer Beals, Marlee Matlin, etc…

AE : Comment avez-vous été enrôlée dans les documentaires  This Film Is Not Yet Rated [Ce film n’est pas encore classifié] et Indie Sex [Sexe indépendant] ?

Oui, Indie Sex – Il se trouve que je n’ai pas vu le documentaire une fois achevé, donc je n’ai aucune idée de ce que j’ai pu dire ou faire, mais il y a environ un an, la réalisatrice m’a contactée. Elle m’a posé beaucoup de questions sur la réalisation de scènes de sexe puis elle m’a beaucoup questionnée sur la classification « Interdit aux moins de 17 ans » qu’avait reçue Cheerleader, sujet que j’avais abordé dans This Film Is Not Rated Yet.

Lesli Klainberg et [Kirby Dick] sont toutes deux des réalisatrices de documentaires très talentueuses, faisant des films importants. J’étais honorée de participer aux deux documentaires et avec un peu de chance, j’ai dit quelque chose de perspicace. Je n’en ai aucune idée [rires], mais ça a été sympa d’en faire partie.

Qu’y a-t’il de prévu dans le futur, mis à part Gossip Girl ? Avez-vous des scripts en cours ?

Il y a ce film que je veux faire dans une maison de retraite et mon emploi du temps télé pour l’année à venir est pratiquement plein, donc oui, beaucoup de choses en vue.

Allez-vous travailler sur des séries télé que vous aviez déjà réalisé par le passé ?

Quelques nouvelles séries, comme Gossip Girl bien sûr, et une nouvelle série qui s’appelle Dirty Sexy Money et The L-Wordévidemment et une série sur laquelle j’ai travaillé qui s’appelle The Riches et le Anne Eche Show, Men in Trees. J’en serai la réalisatrice. Donc oui, ça fait un paquet de trucs – et je continue à travailler sur des films en parallèle.

Traduction Magali Pumpkin

Interview Originale sur Afterellen

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