But I’m A Cheerleader : Interview de la réalisatrice Jamie Babbit

But I'm A Cheerleader : Interview de la réalisatrice Jamie Babbit

Interview accordée à Sarah Warn en Juin 2004 pour le site Afterellen.com

Jamie Babbit a fait ses débuts en tant que réalisatrice sur But I’m A Cheerleader en 1999, et a depuis réalisé des épisodes pour de nombreuses séries télévisées dont Wonderfalls, Nip/Tuck, Gilmore Girls, Miss Match, Popular, Malcolm in the Middle, et The Bernie Mac Show.

Sur le point de débuter la pré-production de son nouveau film avec Thora Birch et Elisha Cuthbert, elle nous parle de la réalisation de Cheerleader, pourquoi le câble prend plus de risque avec les personnages lesbiens et ce qu’elle aimait lorsqu’elle travaillait sur Popular.

Vous donnez l’impression d’avoir réalisé un épisode pour chacune des meilleures séries télévisées, comment faites-vous cela ?

C’est un processus mais j’ai eu un agent après avoir fait But I’m A Cheerleader, et ensuite j’ai eu une interview avec le producteur exécutif de Popular, Michael Robbins. Popular était un peu similaire à Cheerleader alors ils m’ont donné un épisode à diriger, et ensuite ils ont aimé ce que j’avais fait alors ils se sont arrangés pour que j’en fasse plus de vingt dans les deux premières saisons.

L’écriture était juste terrifiante sur cette série…

Ca l’était. Vers la fin de la première saison, j’étais productrice de la série, en fait. J’ai travaillé sur Popular pendant deux ans, et ensuite j’ai eu de bonnes recommandations d’eux donc je suis partie et j’ai travaillé sur d’autres séries.

Comment est-ce de diriger un épisode ? Est-ce que vous avez juste le script en main et on vous dit quoi faire ?

Fondamentalement. La manière dont la télévision fonctionne pour un réalisateur est que c’est un tournage de huit jours pour une heure de série et cinq jours pour une demi-heure. C’est presque une norme dans cette industrie. Sur une série de une heure, vous avez huit jours de pré-production, en fait, où vous auditionnez pour cet épisode en particulier, faites les locations et parlez aux scénaristes pour savoir ce qu’ils veulent. Ils passent chacune des scènes et vous disent ce qu’ils veulent transmettre dans chaque scène parce que les scénaristes sont les véritables boss à la télévision. C’est 50% les scénaristes, 50% le réalisateur, alors que dans les films c’est 90% le réalisateur et 10% les scénaristes.

Quelle est votre approche pour réaliser un épisode ?

Ma philosophie est que les scénaristes savent ce qu’ils veulent et j’essaie vraiment de plaire aux scénaristes-producteurs. Si vous remarquez qu’il y a dix millions de producteurs sur une série télévisée c’est parce qu’ils ne sont pas producteurs, ils sont scénaristes. Ils obtiennent juste un crédit de producteur.

Quelle série télévisée sur laquelle vous avez travaillé est votre préférée ?

Popular, définitivement. Le casting était hilarant et vraiment amusant. Tammy Lynn Michaels est encore une amie à moi tout comme Leslie Grossman qui jouait Marry Cherry.

Ils auraient pu créer un spin-off avec ces deux là…

Je sais ! Peut être un jour. Bien que la nouvelle sitcom de Tammy Lynn Michaels ait été choisie par NBC… Je pense qu’une sitcom sera meilleure pour elle parce qu’elle est maman, et veut passer du temps avec les enfants, et les sitcoms requièrent moins de temps sur le plateau.

Je suis contente qu’elle ait un rôle secondaire dans la série, même si ça aurait du être juste elle !

Je sais, mais c’est comme Karen dans Will & Grace, elle a toutes les lignes amusantes.

Pensez-vous que le fait qu’il y ait plus de femmes ouvertement gays à la télévision maintenant est un reflet de l’augmentation de la tolérance dans la société…

Sans doute. Bien que je pense que le divertissement est toujours un peu en haut de la courbe, mais au final, l’environnement de travail en entier et en général est plus ouvert sur le fait d’être « out » au boulot. Même si, devant la caméra, c’est encore comme dans les années 50.

Pensez-vous que la prolifération des lesbiennes derrière la scène va permettre la création de plus de personnages lesbiens à l’écran ?

Oui, mais je pense que la télévision est encore très conservatrice, parce que c’est un grand business et les cadres du network ont le pouvoir, pas les personnes créatives.

Pensez-vous que les personnages lesbiens sur le câble dans des séries comme Nip/Tuck vont entraîner le network quand il sera question du contenu lesbien ?

Les séries télévisées du câble doivent prendre des risques pour attirer une audience différente de la ménagère de cinquante ans de la classe moyenne, qui sont les personnes qui regardent le network. Donc, dans un effort pour récupérer une audience plus large, ils atteignent différentes communautés, ce qui, je pense, est bien.
Et avec le nouveau canal gay sur MTV qui arrive… ils réalisent que les personnes gays ont de l’argent. Les lesbiennes en particulier regardent beaucoup la télévision, je pense. Nous sommes une bonne audience pour eux.

Est-ce que le nombre d’hommes l’emporte toujours beaucoup sur le nombre de femmes à la télévision ?

Oh Mon Dieu, oui. C’est tout entièrement masculin, tout entièrement blanc. Très mâle dominant. C’est un business très lucratif et tout ce qui est lucratif est très dominé par les hommes. Alors que le secteur à but non lucratif, comme le travail social, où vous ne faites aucun bénéfice, est entièrement féminin. La télévision est très compétitive et très lucrative, vous êtes surtout engagé grâce au bouche à oreille, avec qui vous jouez au golf, etc…

Il y a définitivement un network gay, également, mais ça a toujours été bon pour moi, comme Ryan Murphy qui est un producteur exécutif « out » et j’ai travaillé avec Darren Star cette année.

Que pensez-vous de The L-Word ?

J’adore. Je pense qu’il est vraiment amusant de regarder un soap opera lesbien. J’aime un grand nombre des personnages. Aussi bancales que soient parfois certains épisodes, je pense qu’il est juste incroyable de voir un bouquet de différents drames lesbiens se déroulant à la télévision. Je connais également plusieurs personnes impliquées à travers les années. Guin Turner est une de mes amies, je connais Angela Robinson, Rose Troche, je connais Leisha Hailey. C’est juste bien de voir des amies à moi travaillant sur quelque chose qu’elles apprécient vraiment.

Alors question sérieuse ici : Est-ce que Dana va choisir Alice ou Lara ?

Alice.

Est-ce que c’est juste parce que Leisha Hailey est votre amie ?

(En riant) Non, c’est parce que ce sont toutes les deux des personnages réguliers et cela fera encore plus de drame. Et elles ont été amies depuis le début de la saison, donc elles feront évidemment un bon couple de lesbiennes, depuis qu’il semble qu’on sorte toutes avec nos amies.

Est-ce que vous préférez les films ou la télévision ?

Mon but a toujours été d’équilibrer les films indépendants avec la télévision. Je suis en congé maternité maintenant et ensuite je tournerai un film indépendant en Octobre intitulé Dot avec Thora Birch et Elisha Cuthbert de 24. C’est une sorte d’histoire d’amitié du genre American Beauty entre deux filles.

Pourquoi les films indépendants plutôt que les films des studios ?

C’est le genre de film que j’aime regarder en tant que spectatrice et vous avez une plus grande liberté de création sur les films indépendants.

Même si vous avez beaucoup plus de contraintes budgétaires sur les films indépendants…

Vous en avez mais je préfère avoir un plus grand contrôle créatif plutôt qu’un plus grand budget. A la télévision, je n’ai pas de contrainte budgétaire et pas de liberté créative. Je veux dire, j’ai une sorte de liberté créative mais vraiment petite. J’ai un plus grand pouvoir sur les films, ce qui est encore plus excitant créativement parlant : je peux dessiner le plateau, je peux auditionner qui je veux pour les rôles principaux, je peux prendre les décisions finales sur les costumes, alors qu’à la télévision, ce sont principalement les décisions des scénaristes-producteurs.

Est-ce que c’est devenu moins coûteux de faire des films depuis la vidéo numérique ?

Je suppose. Si vous tournez en format numérique, mais combien de personnes font ça ? Si les gens filment en format numérique et qu’ils veulent que ce soit décent, ils filment en 24p, ce qui est aussi coûteux qu’un film. Peut être un tout petit peu moins.

Vous pouvez toujours faire un bon film avec un million mais avec moins que ça, ça devient un défi. Bien sûr, ça dépend du matériel. Blair Witch était évidemment parfait pour la vidéo numérique parce que le milieu correspondait à l’esthétique. Mais une sorte d’histoire américaine classique filmée en numérique ne fonctionnerait pas, à moins que ce ne soit fait comme un film de famille, mais ce n’est pas le style de l’écriture.

But I’m A Cheerleader était votre premier film. A quoi ressemblait l’expérience ?

C’était une grande expérience, un grand pas pour moi. J’avais un excellent casting, et ma petite amie Andrea [Sperling] qui est la productrice de D.E.B.S., le produisait. Elle produit également Dot.

Comment avez-vous obtenu un si bon casting et distributeur pour votre premier film ?

Ca a été un long processus. J’avais réalisé trois courts métrages et tous ont été présentés au Festival de Sundance. Le financier qui était VP de Prudential Insurance à l’époque est venu à Sundance pour trouver un projet. Je l’ai rencontré et je lui ai donné le script de Cheerleader et je lui ai montré un court métrage et, de nombreux comme D.E.B.S. sont devenus des longs métrages après qu’Angela ait fait le court et mon court métrage lui a donné confiance sur le fait que je pouvais faire le film. Les films indépendants sont habituellement fait sans distributeur et c’est ce à quoi servent les Festivals du Film et nous avons fait Cheerleader sans un distributeur, avec juste 1 millions de dollars de son compte bancaire.
On avait le casting basé sur le script et le court métrage, et des amis. Clea Duvall était le personnage principal dans le court métrage et dans Cheerleader, et Natasha Lyonne était une amie de Clea et Melanie Lynskey était une amie de Clea donc j’étais capable de faire une grande partie du casting à travers Clea.

Quand j’ai fini de faire le film, je l’ai soumis au Festival International du Film de Toronto qui est vraiment un bon festival d’acquisition. L’une des personnes en haut de la liste de ceux qui vendent des films aux distributeurs a accepté de vendre le film à Toronto et ensuite au festival j’ai eu un agent qui m’a représenté. Dès que vous faites un film indépendant, il doit être assez bon pour intégrer la A-Liste des Festivals comme Toronto, Sundance et Cannes. Si vous ne faites pas cela, c’est vraiment très dur de trouver un distributeur.

Comment le public a-t-il réagi au film ?

Les gens jeunes l’ont aimé, les femmes ont aimé à travers la pension, les hommes gays âgés l’ont pas vraiment aimé autant, ce qui est malheureusement du au fait que certains étaient des critiques. Je pense qu’une grande partie de l’ancienne génération, tout spécialement les hommes gays âgés, ont juste été offensés par la comédie parce que pour eux c’étaient des questions sensibles. Je pense qu’être une lesbienne de la jeune génération, j’en suis à un point où je peux m’amuser de ma communauté, mais je pense qu’un grand nombre de personnes ont été offensées par cela. Je me suis beaucoup amusée à travers les personnages et la pension dans le film pas seulement des hommes et des femmes gays. Au final, c’est une histoire d’amour féminine donc… je ne sais pas, il semble que la plupart des personnes qui détestent le film ont juste été offensées par l’humour parce qu’il semblerait que les sujets aient été trop sérieux pour être amusants, mais je crois vraiment que c’est un signe de progrès quand une communauté peut rire d’elle-même.

Le film a terminé en étant l’un des plus gros succès de Lions Gate cette année là en terme de profit, et il continue à avoir un incroyable succès en DVD parce que je pense qu’un grand nombre d’adolescents ne peuvent pas voir un film R mais peuvent louer la vidéo. (Rires) Si je rencontre une fille de 13 ou 14 ans, la plupart du temps, elle a vu Cheerleader.

J’ai entendu dire d’un grand nombre de différents réalisateurs que les actrices ont l’air d’être moins dérangées à l’idée d’interpréter des personnages lesbiens à l’écran maintenant cela fait plus de cinq ans…

Je crois que c’est vrai parce qu’elles savent qu’elles ne vont pas être classées, elles voient que Charlize Theron et Hilary Swank continuent à faire des films et que vous pouvez gagner des awards…

Est-ce que vous avez eu des problèmes lors du casting de Cheerleader ?

Non en avons eu, vraiment. Mon premier choix pour Megan, la fille principale, m’a rejetée sur la base qu’elle était trop chrétienne. J’étais simplement irritée qu’elle vienne à l’audition et ensuite me rejette, c’était un gaspillage de temps pour moi. Bien qu’elle ait pleuré quand elle m’a dit qu’elle ne pouvait pas le faire, elle était clairement très déchirée, elle ne pouvait juste pas voir sa famille la regarder sur le poster.

Dot n’a pas de contenu lesbien, n’est-ce pas ?

Exact. C’est une histoire de pouvoir féminin. Nous faisons actuellement le film à travers un nouveau programme de l’Université du Texas à Austin qui finance des films indépendants. Je débute la pré-production en Août et le tournage en Octobre.

Qu’est-ce que vous vous voyez faire dans cinq ans ?

La même chose, vraiment. Si je peux continuer à équilibrer la réalisation télé avec les films indépendants, je serai vraiment heureuse. Et équilibrer cela avec la naissance de ma fille, bien sûr !

Traduction Isabelle B. Price

Interview Originale sur Afterellen.com

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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