Jamie and Jessie are not together : Interview de Wendy Jo Carlton

Wendy Jo Carlton

Interview accordée à J. Halterman le 21 Juillet 2011 pour le site Afterellen.com

Heureusement ou malheureusement, nous sommes presque déjà toutes tombées amoureuse d’une amie. Parfois cela débouche sur quelque chose mais souvent cela a éclaté en mille morceaux parce que l’autre ne se rendait pas compte de notre attraction, que le moment n’était pas opportun ou qu’elle n’était juste pas amoureuse. Autant dire que lorsque la scénariste et directrice Wendy Jo Carlton prévoit de faire un nouveau film, elle trouve son inspiration à la (où cela aurait-il pu être ?) Chicago Dyke March où elle a remarqué que les deux amies Jacqui Jackson et Jessica London Shields étaient extrêmement proches. Les deux actrices étaient encore plus proches que proches et étaient souvent prises pour un couple mais, en réalité, elles ne sont rien de plus que de bonnes amies. Prenez cette histoire, faites passer le casting des personnages principaux aux deux amies, ajouter une bande sonore et vous avez le film indépendant Jamie and Jessie Are Not Together.

Lors de son voyage à travers les différents festivals LGBT de tout le pays, et plus récemment à l’Outfest de Los Angeles, le film a recueilli nombre de louanges du public tout comme des critiques pour son mélange de comédie, de musique, et par-dessus tout, d’amour. Pour en découvrir plus sur les personnes travaillant sur cette histoire d’amour homosexuelle se passant à Chicago (avec un casting entièrement originaire de Chicago), AfterEllen.com a pris un moment pour parler avec Carlton. Elle a abordé les coups de cœur, la façon dont la mort de son père a suscité son feu créatif et ce qu’elle pense du portrait lesbien de l’année dernière : The Kids Are All Right.

Tout le monde a déjà eu un coup de cœur pour une amie, certains débouchent sur quelque chose, d’autres non. Est-ce de là que vient l’histoire ?

Je pense que c’est très commun pour les gens de tomber amoureux de leur meilleure amie ou de penser qu’ils en sont amoureux, et j’ai personnellement vécu cela lorsque j’étais plus jeune. Il y a quelque chose concernant cette zone trouble, par laquelle je suis intéressée, cette zone chimique d’intimité entre deux personnes et plus vous vous rapprochez, plus vous pouvez devenir confus vis-à-vis d’une attraction et surtout d’une attraction sexuelle. Dans le film, par exemple, elles n’ont aucun problème pour se masser les pieds l’une de l’autre et vous pouvez faire cela en étant amoureuses ou non, mais cela reste sensuel, physique et personnel, donc vous devez être assez à l’aise avec la personne pour lui masser les pieds.

J’ai toujours eu un intérêt particulier pour les fluides, les zones d’intimité entre les gens, et, oui, j’ai personnellement fait l’expérience d’être amoureuse d’une amie et, ce n’est peut-être pas spécifique aux lesbiennes, mais puisque j’en suis une et l’ai été pendant un moment, j’ai plusieurs expériences avec différentes autres femmes qui sont mes exs. Dans votre situation avec votre ex, il y a une zone trouble ici aussi si vous maintenez une relation saine et que vous êtes amies, que vous traînez ensemble. Les gens qui regardent ça de l’extérieur pensent que vous êtes ensemble et c’est de là que l’idée vient. J’étais amoureuse d’une amie avec qui je n’ai jamais couché.

Et vous ajoutez « crotte ! »

[rires] Mais nous nous sommes embrassées, et parfois, un baiser est suffisant, et je le dis dans le bon sens du terme ! Parfois, un baiser est suffisant et vous pouvez avoir les meilleurs fantasmes au monde sans que la réalité ne s’en mêle jamais et ne gâche tout, vous voyez ?!

Faire un film musical a-t-il rendu cela plus facile ou cela vous a-t-il rendu la tâche deux fois plus difficile ?

J’appelle cela une romance musicale ou une comédie romantique avec des passages musicaux parce que j’ai créé une sorte d’hybride entre les genres. Je ne voulais pas en faire un film musical à proprement parlé, comme West Side Story et Grease. En matière de production, j’ai fait beaucoup plus de travail pour moi et pour les acteurs mais ce fut un gros challenge. Nous sommes allés au devant du challenge [et] j’ai été super inspirée pour le faire une fois que j’avais commencé à écrire les chansons.

Comment avez-vous fait pour incorporer les chansons dans le scénario ?

J’ai écrit tout le script en sachant en avance les moments où Jesse commencerait à chanter et de quoi cela parlerait ainsi que les moments où Jamie chanterait et de quoi cela parlerait. Donc j’avais une liste, j’y suis revenue et ai écrit les chansons. Il y a beaucoup de magie dans ce film, aussi cucul que cela puisse paraître. J’ai écrit le scénario en juillet et août dernier et nous avons commencé à tourner de la mi-septembre à la première semaine d’octobre. Entre les deux, à la fin août ou septembre, j’étais en studio à enregistrer les morceaux de musique parce que nous devions enregistrer les chansons pour que, pendant la production, les acteurs puissent faire du playback.

Donc ce fut une production super rapide, pas vrai ?

Très rapide ! Je dois vous dire que mon père est mort il y a presque un an et lorsqu’il est mort, j’écrivais déjà ce scénario. Cela faisait un mois que j’écrivais Jamie and Jessie Are Not Together. Il est mort dans le Michigan et je suis revenue en super forme pour réaliser le film que je voulais faire, raconter l’histoire d’amour que je voulais raconter et faire un film qui traite d’une expérience d’amour, de la confusion et de la célébration de la confusion pour l’opposer à ce qui est souvent minimisé lorsque c’est « Ooohhh, un drame lesbien ». C’était plutôt genre « Excuse-moi, j’ai quelque chose à raconter ! ».

Tout d’abord, ce ne sont pas juste les lesbiennes qui ont le droit à des drames romantiques. Tout le monde les a. Mais je pense que cela concerne les femmes en particulier, si vous mettez deux femmes ensemble et s’il se trouve qu’elles sont plus expressives ou sensibles émotionnellement ou qu’en plus elles sont jeunes, oui, il va y avoir quelques drames par ici, mais je m’intéresse aux drames lesbiens en allant un peu plus loin. Rentrer dans la complexité et dans les zones troubles et les personnalités. C’est ce qu’est cette histoire pour moi.

Et ce n’était pas la première fois que vous travailliez avec Jacqui, pas vrai ?

J’ai été très chanceuse de pouvoir travailler de nouveau avec Jacqui Jackson. J’avais travaillé avec elle dans Hannah Free où elle jouait le personnage de Greta, qui est arrivée un peu comme une intruse en aidant le personnage de Sharon Gless, Hannah Free, à parler à son aimée. Elle est arrivée lors d’une audition ouverte. Je ne l’avais jamais rencontrée avant Hannah Free et je l’ai vraiment aimée en tant que personne et que talent. Je voulais vraiment retravailler avec elle.

Bien sûr avec un film comme celui-là l’on doit croire que ces deux-là sont faites l’une pour l’autre ; donc comment avez-vous fait pour associer Jacqui et Jessica ?

Il y a un an, j’allais à la Chicago Dyke March et j’ai demandé à Jacqui si elle voulait que je l’emmène. Elle est montée dans la voiture et m’a dit « Mon amie Jessie est en centre-ville, est-ce qu’on peut passer la prendre ? ». C’était Jessica London-Shields et donc nous sommes toutes les trois allées à la Dyke March en 2010. De l’extérieur, je les regardais – elles sont allées au DePaul Theater School et étaient amies, pas amoureuses – et l’idée de ce film m’est venue en les regardant, elles me rappelaient moi et l’une de mes meilleures amies, qui est une ex, et les gens pensent souvent que l’on est ensemble. Je les ai regardées, et elles étaient super mignonnes ensemble, elles étaient intimes et charismatiques, même de loin. Il y avait un magnétisme que j’ai reconnu. Sur le chemin du retour, j’ai dit « Je crois que je sais le prochain film que je vais faire avec toi Jacqui ». Je voulais raconter une histoire complexe et compliquée et essayer de bien la raconter et de divertir les gens et j’ai toujours été intéressée par la réalisation d’une comédie romantique qui aurait un côté amical. J’ai juste l’impression qu’il n’y a pas assez de cela dans les films avec des personnes homosexuelles, en particulier avec les lesbiennes.

Est-ce une bonne ou mauvaise chose de se faire étiqueter « film gay » ?

Je crois que c’est une bonne chose de se faire étiqueter directeur/scénariste gay parce que je réfléchis vraiment en matière d’offre et de demande, et la demande est bien plus importante que l’offre et je suis prête à offrir. J’ai quatre scenarii en cours en ce moment avec des personnages riches et complexes, dont certains homosexuels, des aventures imprédictibles c’est cela qui m’intéresse. Je suppose que, maintenant, créer d’autres histoires est devenu ma passion.

Tous vos projets sont-ils centrés autour des gays ?

Trois d’entre eux sont centrés autour des gays et orientés femmes.

Il semblerait que nous soyons à une époque intéressante pour les lesbiennes à la télévision. Dans The Real L Word, par exemple, et puis il y a les films grand public comme The Kids Are All Right. Pensez-vous qu’il y ait du changement dans l’air ou que ce soit juste une coïncidence ?

Sur le fait de voir des lesbiennes à l’écran ?

Oui. Il semblerait qu’il y en ait un peu plus maintenant qu’avant.

Je pense vraiment que la représentation de personnages de femmes fortes, lesbiennes et bisexuelles se fait par étapes. Je pense que c’est un progrès qui se fait par étapes dans la mise à disposition de ces films.

Jamie and Jessie Are Not Together est seulement passé à l’écran deux fois dans les festivals et nous avons rempli la salle les deux fois. C’est une réponse positive et lorsque vous parlez de The Kids Are All Right, c’est une scénariste et directrice fabuleuse. Je suis vraiment inspirée par Lisa Cholodenko, mais, honnêtement, je suis sceptique sur le support utilisé, en particulier parce qu’il n’y a pas beaucoup d’action lesbienne là-dedans. Il y avait davantage d’action érotique lesbienne dans Laurel Canyon et j’adore ce film. J’aime vraiment aussi beaucoup The Kids Are All Right, et je ne pense pas que ce soit juste pour Cholodenko d’être critiquée parce qu’elle fait un film où le couple lesbien n’est pas tout le temps l’une sur l’autre. En fait, je pense que c’est génial que ce soit une histoire traitant d’un couple qui a été ensemble depuis si longtemps qu’elles se considèrent comme acquises et ce n’est pas une dynamique super saine. En réalité c’est une histoire transcendante à raconter comparé au fait de mettre deux femmes dans des boîtes et dire « Voilà deux femmes lesbiennes », que ce soit un film à gros ou petit budget, et que cela raconte un coming out ou quelqu’un trompant quelqu’un d’autre ou que ce soit juste pour le sexe. Il y a de la place pour tout ça, donc j’aimerais que tout le monde puisse se calmer un peu et soit ouvert et soutienne les films, achète des tickets pour des films qui sont drôles et compliqués et pas uniquement clichés et prédictibles.

Interview Originale sur le Site Afterellen.com

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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