La Pensée Straight de Monique Wittig

La Pensée Straight de Monique Wittig

Titre Français : La Pensée straight

Titre Original : The Straight Mind and Other Essays

Auteur : Monique Wittig

Date de Sortie : 1992

Nationalité : Française (ouvrage écrit en partie en langue anglaise)

Genre : Essai

Nombre de Pages : 119 pages

Éditeur : Balland

ISBN : 978-2-915547-52-8

La Pensée straight : Quatrième de Couverture

En 1978, Monique Wittig clôt sa conférence sur «La Pensée Straight» par ces mots : «Les lesbiennes ne sont pas des femmes». L’onde de choc provoquée par cet énoncé n’en finit pas de se faire ressentir, aujourd’hui encore, dans la théorie féministe et au-delà. En analysant l’aspect fondateur de la «naturalité» supposée de l’hétérosexualité au sein de nos structures de pensées, que ce soit par exemple dans l’anthropologie structurale ou la psychanalyse, Monique Wittig met au jour le fait que l’hétérosexualité n’est ni naturelle, ni un donné : l’hétérosexualité est un régime politique. Il importe donc, pour instaurer la lutte des «classes», de dépasser les catégories «hommes» / «femmes», catégories normatives et aliénantes. Dans ces conditions, le fait d’être lesbienne, c’est-à-dire hors-la-loi de la structure hétérosexuelle, aussi bien sociale que conceptuelle, est comme une brèche, une fissure permettant enfin de penser ce qui est « toujours déjà là ».

La Pensée straight : Avis Personnel

La Pensée straight est un recueil d’essais et d’articles publiés d’abord aux États-Unis, en 1992. Il constitue le manifeste d’un courant politique appelé « lesbianisme radical » et théorisé essentiellement par Monique Wittig. S’articulant autour de deux axes majeurs, l’exposition de la théorie politique et la réflexion sur le travail de l’écrivain, l’ouvrage permet d’établir les fondements d’un lesbianisme politique neuf et d’en envisager les moyens d’action.

Monique Wittig s’attache ici à dénoncer une biologisation de la différence sexuelle, érigeant celle-ci comme un a priori, une donnée jamais remise en question par la société. À l’inverse, l’auteur soutient que les genres – et la domination des hommes sur les femmes qui en découle – sont une construction sociale, intellectuelle et politique.
Cela a selon elle pour conséquence l’existence d’un régime politique « invisible », mais pourtant présent dans l’histoire, la culture, les catégories mentales, et bien sûr le réel, qu’elle met en lumière et nomme « pensée straight », c’est-à-dire omniprésence de l’hétérosexualité à tous les niveaux, sociaux comme individuels.
Wittig démontre que le lesbianisme, en tant qu’il constitue une société « à part », fonctionnant hors les codes hétérosexuels – toujours au sens politique -, brise cette logique et permet une pensée autre, nouvelle, visant à l’abolition des genres considérés comme « classes », selon l’acception marxiste.
Celle-ci peut être envisagée notamment par la littérature, ce que développe Wittig à travers plusieurs articles, s’attachant particulièrement à analyser l’emploi traditionnel de la grammaire et les subversions possibles qui peuvent en découler.

Cet ouvrage, autant le dire tout de suite, est assez complexe. Il utilise nombre de notions historiques et philosophiques parfois délicates à manier et « crée  », de bout en bout, une nouvelle idéologie, inconnue donc du lecteur qui devra forcer ses acquis à une certaine gymnastique.
Pourtant, au-delà de cette présentation politique à laquelle on adhère ou pas, ce livre interroge réellement le lecteur et révèle au grand jour des points de contradiction souvent peu envisagés, comme par exemple les rapports ambigus entre féminisme et lesbianisme – tiraillés entre collaboration et opposition profonde -, les « armes » de l’hétérosexualité contre un lesbianisme trop dérangeant, ou encore la critique du marxisme, pierre angulaire de la théorie wittigienne dont l’auteur souligne elle-même les failles.

En bref, La Pensée straight est un monument de l’histoire contemporaine du lesbianisme, mais qui nécessite sans doute quelques notions préliminaires et surtout, du temps pour l’appréhender.

La Pensée straight : Extraits

« Les catégories dont il est question fonctionnent comme des concepts primitifs dans un conglomérat de toutes sortes de disciplines, théories, courants, idées que j’appellerai la « pensée straight » (en référence à la « pensée sauvage » de Lévi-Strauss). Il s’agit de « femme », « homme », « différence », et de toute la série de concepts qui se trouvent affectés par ce marquage, y compris des concepts tels que « histoire », « culture », et « réel ».

Nous sommes transfuges à notre classe de la même façon que les esclaves « marrons » américains l’étaient en échappant à l’esclavage et en devenant des hommes et des femmes libres, c’est-à-dire que c’est pour nous une nécessité absolue, et comme pour eux et pour elles, notre survie exige de contribuer de toutes nos forces à la destruction de la classe – les femmes – dans laquelle les hommes s’approprient les femmes et cela ne peut s’accomplir que par la destruction de l’hétérosexualité comme système social basé sur l’oppression et l’appropriation des femmes par les hommes et qui produit le corps de doctrines sur la différence entre les sexes pour justifier cette oppression.

Qu’est-ce que la-femme ? […] Franchement c’est un problème que les lesbiennes n’ont pas, simple changement de perspective, et il serait impropre de dire que les lesbiennes vivent, s’associent, font l’amour avec des femmes car la-femme n’a de sens que dans les systèmes de pensée et les systèmes économiques hétérosexuels. Les lesbiennes ne sont pas des femmes.

Un texte écrit par un écrivain minoritaire n’est efficace que s’il réussit à rendre universel le point de vue minoritaire, que s’il est un texte littéraire important. »

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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