Interview de la créatrice Jenji Kohan

Interview liée à la série Orange Is The New Black

Jenji Kohan

Interview accordée à Jon Dekel le 12 Juillet 2013 pour le site O.canada.com

Dans sa nouvelle série, Orange is the New Black, diffusée sur Netflix, Jenji Kohan, la créatrice de Weeds, revient sur un terrain qui lui est familier, bien que situé dans un univers totalement différent. Au contraire de la jolie mère de famille blanche aisée trafiquant de l’herbe dans sa banlieue, le personnage principal de Orange is the New Black est Piper Chapman (Taylor Schilling), une jolie blanche aisée toute nouvelle dans le trafic, qui passe la majorité de la série derrière les barreaux, où elle restera pendant quinze ans pour un délit qu’elle a commis dix ans plus tôt. Lors d’une interview par téléphone, Kohan nous a parlé de sa nouvelle série lascive fortement acclamée, du fait de découvrir de vraies prisons pour femmes et de la limite entre la nudité et la pornographie.

Orange is the New Black est tirée de l’expérience de Piper Kerman. Quelle liberté d’adaptation aviez-vous ?

Nous avions une liberté totale. Le livre était un vrai point de départ pour nous. La série est devenue une création à part entière. À différents points de vues, il y avait peu de conflits dans le livre et la télévision est un média différent : il nous faut un peu plus de drames. À un moment donné, nous avons commencé à tout créer.

Contrairement à certaines séries comme Oz ou Prison Break, les conflits restent assez peu violents.

On assume pleinement le projet, mais nous voulons toujours honorer le matériau d’origine et la réalité de la situation. J’envoie tout le temps des mails à Piper et elle vient régulièrement sur le plateau, mais elle reconnait que c’est bien autre chose que le livre.

Êtes-vous déjà allée dans une vraie prison ?

Nous sommes allés dans une prison pour femmes. Nous avons lu beaucoup de livres, avons regardé beaucoup de séries et lu beaucoup d’articles. Nous avons également fait venir des gens pour nous parler et Piper était toujours disponible. Nous avons tous été voir une prison pour femmes et quand nous sommes entrés là-dedans on s’est tous dit « Ce n’est pas si mal que ça » et au bout de dix minutes nous voulions sortir de cet endroit à tout prix. Tout à coup vous comprenez parfaitement que c’est un endroit horrible et vous voulez partir. Votre absence de liberté vous saute très vite à la figure.

Nous avons essayé de visiter d’autres endroits. Le système n’est pas vraiment ouvert sur les visites mais nous essayons de nous imprégner du maximum d’informations et d’expériences que possible parce que nous voulons raconter des histoires qui paraissent vraies et réelles.

La série a déjà été renouvelée pour une seconde saison mais il y a une fin inhérente à l’histoire, puisque Piper n’est en prison que pour quinze mois. Pensez-vous que la série puisse progresser au-delà de ça ?

Je pourrais étendre la série sur énormément de saisons. Il y a des histoires sans fin là-dedans. J’espère que cela deviendra un vrai ensemble. La première saison ne représente que trois mois de temps réel donc on pourra continuer sur plusieurs saisons encore.

Weeds et Orange is the New Black ont des protagonistes similaires et, quelque part, des situations similaires. Qu’est-ce qui vous attire dans ces histoires ?

Tout d’abord, j’aime les personnages imparfaits. Ce qui était génial avec le livre de Piper c’est que… écoutez, si je vais voir une chaîne et que je leur dis que je veux faire une série avec des latinos, des noires et plein de femmes différentes en prison, ça va être dur à vendre. Une blanche envoyée en prison est une très bonne porte d’entrée via les drogues pour toutes ces histoires. C’est une bonne entrée en matière. C’est un bon début que le public reconnaît. Une fois que vous êtes entré dans le milieu carcéral vous pouvez raconter toutes ces histoires. Elle était notre porte d’entrée.

J’adore les lieux où différents groupes se croisent, et j’adore regarder les gens interagir. Tout cela revient à mon profond besoin d’explorer les défauts, la rédemption, et toutes ces zones de flou.

Vous avez choisi quelqu’un d’assez peu connu pour le rôle principal. Était-ce dur de le vendre à Netflix ?

Taylor était parfaite, non seulement visuellement mais elle est également sexy et drôle, ce qui est rare. C’est une bonne trouvaille. On s’en fiche qu’elle soit connue. Elle le sera. Elle était parfaite pour le rôle. Je voulais trouver Taylor, pas une mégastar.

Natasha Lyonne joue également dans la série. Tout comme son personnage, elle a eu quelques problèmes avec la justice suite à des problèmes de drogue.

Je suis tombée amoureuse d’elle lorsqu’elle jouait dans Weeds. Je ne peux pas la quitter des yeux. Je lui tire mon chapeau pour avoir eu suffisamment de courage pour exploiter ses expériences personnelles pour son personnage. Respect ! Je suis impressionnée par son courage mais aussi par son talent. Je pense simplement que c’est un génie.

Était-ce dur de la convaincre de revivre ce qui a dû être les pires moments de sa vie pour elle ?

Elle joue vraiment le jeu et elle est très honnête et très ouverte. Lorsque nous lui avons demandé de faire des trucs qui étaient proches de ce qu’elle avait vécu, je ne pense pas que ça ait été facile pour elle. Mais elle est tellement professionnelle qu’elle l’a fait pour nous et je lui en suis très reconnaissante parce que je sais que nous lui en demandions beaucoup.

Dès la première scène (dans laquelle l’on voit Piper prendre une douche avec son ancienne petite-amie et puis prendre un bain avec son fiancé) la série prend le parti de refuser de se conformer aux idées conservatives liées à la sexualité.

Je crois énormément en l’échelle de Kinsey. Le seul truc que je souhaite souligner est le fait de voir davantage de sexe. Le sexe c’est tout : c’est l’intimité, l’autodestruction, le réconfort, l’expression individuelle, le lâcher prise, la brutalité. Vous pouvez tout faire passer à travers le sexe, nous le faisons tous, cela fait partie de nous, il devrait y en avoir beaucoup plus. C’est un moyen de se défiler et nous y pensons tous, et l’on devrait le voir plus souvent.

Avez-vous déjà eu des retours de bâton ?

La partie la plus dure est de faire en sorte que les actrices jouent les scènes de sexe parce que cela les rend très vulnérables. Je veux continuer à les pousser et j’espère qu’elles me suivront. Je sais que c’est beaucoup demander mais j’aime écrire là-dessus, le regarder et le faire, honnêtement, donc j’aime repousser ces limites.

Pour vous, où se situe la limite entre la nudité et la pornographie ?

Le porno ça craint : trop de production et trop d’artifices. En revanche, ça ne me gênerait pas de refléter le porno amateur, parce que c’est fascinant.

Interview Originale sur le site O.canada.com

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A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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