Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, le couple quitte Londres bombardé par la Luftwaffe. Il trouve refuge à Monk’s House.
Le 28 mars 1941, Virginia Woolf se suicide dans la rivière Ouse, près de sa maison. Contrairement au décor très romantique du film The Hours, adapté du roman du même nom, qui fait de la rivière qui servit de linceul à Virginia un cordon bleu coulant dans une nature riante, il faut imaginer la Ouse comme une rivière boueuse serpentant dans une zone industrielle. Son corps n’y fut retrouvé que le 18 avril seulement, soit 20 jours plus tard. Ses restes furent mis en crémation et ses cendres enterrées dans le jardin de sa maison de Rodmell.
Virginia Woolf est aujourd’hui considérée comme un très grand écrivain innovant dans la langue anglaise. Elle fut un des membres les plus connus du cercle de Bloomsbury et partie prenante du courant littéraire dit du « flux de conscience ». Quand Virginia Woolf écrivait, elle ne cherchait pas simplement à raconter une histoire de manière chronologique et logique, elle cherchait à rendre compte du foisonnement de la vie de la psyché, de toutes les idées qui nous passent par la tête lorsque nous faisons quelque chose. Jusque dans les années 1970, elle n’est lue que par un cercle restreint d’intellectuels. La première biographie qui lui est consacrée est l’œuvre de son neveu, Quentin Bell, un des fils de Vanessa. Voici sa voix enregistrée en 1937 : sa prononciation est celle de la vieille élite victorienne.
Depuis les années 1970, son œuvre et sa vie ont été relus dans une optique à la fois féministe et lesbienne. Son identité n’est pas seulement d’être l’émanation d’une grande bourgeoisie blanche, colonialiste, snob et légèrement antisémite, elle est aussi une femme économiquement indépendante, vivant dans un cercle à part lui permettant d’explorer sa sexualité de manière assez libre. Virginia Woolf n’est pas lesbienne. Elle s’est même littérairement opposée au modèle identitaire proposé par Radclyffe Hall dans Le Puits de solitude, qu’elle lut avec réticence. En 1928, elle publie Orlando, un étrange roman dans lequel le héros se réveille un matin dans la peau d’une femme. Ce changement de sexe lui permet alors d’explorer un genre qu’il ne connaît que de son point de vue d’homme. Il n’est pas question ici de dire que l’invertie est un homme piégé dans un corps de femme, mais plutôt de sous-entendre que nous avons tous en nous un Orlando qui sommeille, que nous sommes tous des êtres potentiellement bisexuels. Le modèle d’Orlando n’est pas Virginia Woolf elle-même, mais plutôt son amante, Vita Sackville-West dont elle admirait l’indépendance. Virginia Woolf veut voir au-delà du sexe et montre qu’on aime une personnalité et non simplement un corps, qui n’est qu’une enveloppe aimable qui s’adapte à tous nos désirs, à tous les vêtements et à toutes les époques. Car Orlando devenu femme ne se contente pas d’aimer être une femme, elle tombe amoureuse d’une femme, ce qui ne la trouble pas mais redouble son désir.
Sur ce point, voir l’excellent article de Florence Tamagne.
Virginia Woolf était amoureuse de la beauté féminine et valorisait l’amitié féminine. Sans doute eut-elle des manques de ce côté-là : le cercle de Bloomsbury était dominé par les hommes, ce qu’elle regrettait. Elle regrettait aussi que la littérature, sa grande passion, soit aussi dépourvue de grands récits d’amitié féminine. Elle a raconté dans Une Chambre à soi la difficulté qu’elle a éprouvée à trouver dans la littérature une tradition d’amitié entre femmes. Pour l’historienne Lilian Faderman, Virginia Woolf représente bien ces femmes blanches de la très grande bourgeoisie occidentale qui peuvent commencer à vivre plus librement. Mais, entendons-nous bien : Virginia Woolf n’a pas été une femme vraiment libérée. Comment l’aurait-elle pu d’ailleurs ? Elle était consciente de son appartenance de genre, mais elle cherchait surtout une issue littéraire aux limites que la société victorienne lui imposait en tant que femme, même si elle s’est engagée dans le combat des suffragettes. Son statut social et sa marginalité lui permirent de mener une vie qui lui fut souvent bien pénible.
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