À ce moment précis de l’histoire, le jeu des actrices commence vraiment à être déterminant. Lorsque Cristina annonce vouloir la même chose qu’elle, Isabel apparaît vraiment gênée, comme s’il elle avait été démasquée. Son regard se perd dans le vague, elle commence à bouger les yeux à gauche, puis à droite, comme si une véritable tempête était en train de se déchaîner dans sa tête et qu’elle ne savait plus quoi faire pour s’en sortir. Elle essaie difficilement de reprendre une contenance en gardant la même ligne de conduite qu’elle a depuis le début : l’agressivité. Mais le jeu d’Adriana Torrebejano nous fait clairement comprendre qu’Isabel est beaucoup moins convaincue, elle apparaît donc beaucoup moins convaincante. Elle lui répond alors qu’elle ne veut rien. Elle répète ce « rien » une seconde fois, et plus que de persuader Cristina, l’on voit bien qu’elle cherche plutôt à se persuader elle-même. Cristina qui n’est pas dupe lui demande si elle en est sûre, et je jurerais presque voir Isabel rougir…
S’ensuit une scène très jolie, et plutôt inédite en matière de séduction. Intéressante d’abord parce que c’est la lipstick qui vient séduire la tomboy. Inédite ensuite pour l’originalité de la technique de séduction. Inédite enfin parce que les actrices paraissent tellement sincères, et d’un autre côté jouent réellement avec une vraie douceur, que ça rend vraiment bien à l’image. Si je peux me permettre un jugement de goût, cette scène qui n’est pas la plus mouvementée, ni la plus active, est pourtant à mon sens d’une grande sensibilité et m’a réellement touchée, surtout lorsque je me rappelle qu’on en est au milieu de la deuxième saison d’une série tout public dont le but n’est pas de véhiculer un message LGBT. Je ne peux m’empêcher de faire la comparaison entre cette série qui ne revendique aucun message et d’autres films (qui disposent donc de moyens beaucoup plus développés) qui se vantent de représenter l’amour entre femmes et qui y échouent lamentablement… suivez mon regard vers Elena Undone. Alors pour en revenir à ce qui nous intéresse, Cristina choisit de préférer les gestes à la parole et commence à déboutonner son haut. Elle dévoile ainsi un corset généreusement rempli, il me semblerait encore une fois voir Isabel rougir… Cristina prend délicatement la main d’Isabel et pose celle-ci sur son sein gauche.
« Tu sens les battements ? Ils sont pour toi… »
Et là, Isabel reste pétrifiée, la main sur le cœur de Cristina. On sent clairement qu’Isabel ne cherche plus à faire semblant de maîtriser la situation et se sent complètement dépassée par les événements. A bout de quelques secondes qui doivent lui paraître interminables, mais qui sont agréables pour nous autres téléspectatrices, Isabel sort de sa torpeur, enlève aussi sec sa main du corset de Cristina et s’en va.
S’il subsistait le moindre doute concernant les désirs d’Isabel, la scène suivante nous l’ôte complètement : on la retrouve en train de se confesser. Elle avoue d’abord avoir des pensées impures, puis finit par lâcher au pauvre prêtre qui n’était pas au bout de ses peines que ses pensées sont dirigées vers une femme. Elle finit par s’enfuir de l’église. Plus tard, on la voit seule dans un champ en train de penser à Cristina. L’effet cinématographique utilisé est plutôt simple : une sorte de flash back patchwork des moments passés avec Cristina, la douche, leurs mains qui se frôlent en ramassant la pomme, et surtout le regard vert intense de Cristina…
Finalement, nous avons ici deux épisodes, et l’efficacité réside en cela : avec seulement 15 minutes, on a le décor bien planté, et les actrices ont l’une et l’autre fait leurs preuves en nous convaincant de cette histoire naissante sans qu’il n’y ait pas plus d’action que ça.
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