Running On Empty Dreams : Interview de la scénariste, réalisatrice et productrice Nitara Lee Osbourne

Nitara Lee Osbourne

Interview accordée à Isabelle B. Price et Magali Lehane, Traduite par Magali Lehane le 16 Mars 2009 pour le site Univers-L.com

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? (études, formation, films précédents…)

J’ai commencé par écrire dans le journal de mon lycée « The Eagle » lors de mon année de terminale à l’American College du Caire. Je voulais inventer des histoires et divertir les étudiants. C’est donc ma perception bornée de l’époque que j’avais du journalisme qui m’a poussée à vouloir me spécialiser dans le journalisme, ainsi j’aurais pu écrire des histoires divertissantes pour gagner ma vie. Cependant, dès mon arrivée à l’université, j’ai vite compris en quoi le journalisme consistait, et ça ne m’intéressait plus de poursuivre cela. Un jour de décembre, en 1997, j’ai vu l’un de mes films favoris, et cela m’a aussitôt donné l’idée d’écrire des scripts. Je sentais que j’avais trouvé le domaine dans lequel j’allais pouvoir réussir et m’épanouir, et j’étais très excitée au sujet de tout cela. Je me suis spécialisée dans le domaine des Mass Communication* à l’Université Loyola de la Nouvelle-Orléans, en Louisiane. J’étais alors en pleine mission pour devenir une scénariste à succès. J’ai lu de moi-même des ouvrages sur des livres écris par d’autres scénaristes. J’ai lu des scripts. J’ai écrit des scripts. J’ai regardé des films. J’ai lu les scénarios de ces films que je regardais. Puis j’ai étudié la présentation et j’ai continué et continué d’écrire autant de scripts que je le pouvais, alors que dans le même temps j’étais à l’université à plein temps, avec un mari et un jeune bébé. Et bien que j’envoyais des courriers à des agents littéraires, je ne recevais que des refus. Cependant j’étais en mission.

J’ai commencé à écrire des scénarios il y a environ douze ans. J’ai bien dû faire face à plus de 400 refus de la part de producteurs, agents littéraires, réalisateurs et quiconque à qui vous pouvez penser durant cette période. Mais je me suis aussi mise à écrire des pièces de théâtre pour notre église. Ce n’était pas aussi amusant que d’écrire des films, mais cela me permettait d’écrire, de m’adresser et de présenter mon propre travail devant un public. J’ai fait cela pendant environ deux ans. Mon mari a toujours eu le rôle de producteur sur tous ces projets. Il est le grand homme d’affaires dans les coulisses, aidant à faire avancer les choses.

Par ailleurs j’ai commencé à travailler sur des projets de films indépendants d’autres personnes en tant que scénariste, productrice associée et assistante de production. J’ai beaucoup appris. En fait, j’ai tellement appris que cela m’a donné la confiance nécessaire en janvier 2006 pour vouloir produire le cinquième des huit scénarios que [à l’époque] j’avais écrit. Mon cinquième scénario était Running on Empty, aujourd’hui connu sous le nom de Running on Empty Dreams. Je me suis donc mise en quête d’investisseurs. J’ai été refoulée de nombreuses fois. C’est alors que j’ai rencontré mon mentor, qui m’a conseillé de réaliser une bande-annonce avant de tourner l’intégralité du film, ce qui me permettait de présenter aux investisseurs ce à quoi le produit final allait ressembler. Donc j’ai pris tout l’argent et les économies que nous avions, et j’ai réalisé une bande-annonce pour mon film, à partir d’extraits du scénario. Nous avons accumulé d’énormes dettes, mais c’était seulement car j’étais persuadée que nous pourrions récupérer notre argent et que le film allait trouver des financements. Je m’étais basée sur ma connaissance de la tranche de population que l’on côtoyait. Nous avons fini par remporter deux Telly Awards, à la fois pour la bande-annonce et le teaser. Peu de temps après, nous avons trouvé les fonds pour faire le film et nous l’avons tourné en novembre-décembre 2007.

Vous êtes la scénariste de ce film. Comment l’idée vous est-elle venue ? Combien de temps vous a-t-il fallu pour l’écrire ?

L’idée pour ce film m’est venue assez facilement, puisqu’elle est basée sur un événement qui s’est produit impliquant mon mari et moi-même. Je suis tombée amoureuse d’une autre femme alors que j’étais mariée et j’ai dû faire face à la fois au fait de gérer ma sexualité et mes croyances religieuses. Une grande partie du film est basée sur des faits réels, bien que j’aie utilisé ma liberté créatrice au niveau de l’intrigue, pour le bon déroulement de l’histoire. C’est une histoire que je voulais raconter, même si elle ne m’éclairait pas sous le meilleur jour. De plus, bien que cette situation soit terminée, je ressentais comme quelque chose au plus profond de moi qui avait besoin de clore ce chapitre de ma vie en écrivant un scénario sur cela et en le réalisant. J’ai commencé à écrire le script en août 2002. J’ai complété la première ébauche au printemps 2003. Le script d’alors a subi environ 40 à 45 révisions entre avril 2003 et octobre 2007. Les acteurs et moi avons également effectué de petites modifications des dialogues durant le tournage car nous avons pris le temps de nous pencher sur les différentes manières dont le texte pouvait être prononcé.

Est-ce que le film, maintenant qu’il a été tourné, se trouve très différent de ce que vous aviez écrit au départ ?

Le film qu’il sera bientôt possible de voir et le scénario originel que j’avais écris sont assez différents. À l’origine j’avais écris le scénario pour que le personnage principal finisse avec son époux au final. Je ne vais pas dévoiler la fin pour ceux qui n’ont pas encore vu le film, mais les lecteurs et réalisateurs de ces premières ébauches du script n’avaient pas aimé le fait que Sydney retourne avec son mari Corey. J’ai pris du recul et j’ai posé un regard critique sur le script, et je suis tombée du même avis qu’eux. Ainsi j’ai commencé à modifier et modifier, puis j’ai créé la fin telle qu’on la retrouve dans le film. Dans plusieurs de mes modifications, j’ai également ajouté la sous-intrigue de Corey, car cela était directement lié à l’histoire de Sydney. Certains pourraient croire à tort que les flashbacks de la Guerre du Golfe sont une sous-intrigue à part entière sur la guerre, mais si le public prête attention aux dialogues pendant ces scènes, ces flashbacks se rapportent au besoin de Corey d’être un héros, pas seulement lors de la guerre, mais un héros au sein de sa famille. Le public a besoin de connaître le passé de Corey pour comprendre sa motivation à vouloir garder sa famille réunie. Si cela n’avait pas été ajouté au script, le personnage de Corey aurait été fade et sans profondeur. Dans le script final, il était un personnage complètement développé, qui avait sa place dans l’histoire.

À partir du début de cette aventure, à partir du moment où vous avez commencé à écrire le scénario, souhaitiez-vous réaliser le film vous-même ?

À l’origine je ne voulais pas diriger ce film moi-même, car ma priorité a toujours été de créer et d’écrire des histoires ; en d’autres termes, ma priorité a principalement été l’écriture de scénarios. Je ne voulais pas être distraite de cet objectif, c’est pourquoi j’ai continué à écrire des scénarios et à approcher des réalisateurs de Hollywood, des producteurs, des agents littéraires, etc. avec le script dans les mains. J’ai commencé à être déçue, parce que beaucoup de gens n’étaient pas intéressées par le script. Donc j’ai décidé de réduire le champ de ceux que j’allais approcher à une tranche spécifique de la population. J’ai décidé de m’adresser à des réalisatrices et productrices lesbiennes, en espérant qu’elles s’intéresseraient au scénario. J’ai réussi à le faire lire à un bon nombre de réalisatrices/productrices lesbiennes et elles l’ont réellement apprécié, mais personne ne voulait s’avancer en le produisant vraiment. De nouveau je me suis sentie frustrée et j’ai pris la décision audacieuse, en janvier 2006, de réaliser et produire ce film moi-même. J’avais déjà gagné le courage de produire du fait d’avoir travaillé sur d’autres projets de films indépendants et du fait d’avoir réalisé et produit mes pièces de théâtre. J’en suis arrivée à la conclusion que réaliser, tout comme écrire, c’est tout simplement raconter une histoire. Toutefois, j’étais à présent obligée de faire vivre cette histoire en tant que réalisatrice.

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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