Tierra de Lobos : Isabel emprisonnée puis libérée

Article lié à la série Tierra De Lobos

Tierra de Lobos - Isabel & CristinaTierra de Lobos - Isabel & CristinaTierra de Lobos - Isabel & Cristina

Nous retrouvons une Isabel complètement effondrée. Être emmenée de force au couvent n’était pas la dernière de ses peines puisqu’au moment où elle quitte la maison son père lui annonce, non sans y prendre un vicieux plaisir, que Cristina est morte. La scène est déchirante, le spectacle du si joli visage d’Isabel tordu par la peine et la douleur ne peut laisser personne insensible, et l’on se demande bien s’il est réellement possible qu’un personnage comme le père – aussi froid, aussi intransigeant – puisse exister.

Les scénaristes auraient pu s’arrêter ici et ça aurait été déjà pas mal. Sans rire, être reniée, rester incomprise, finir sa vie entière dans un couvent et vivre avec l’idée que l’amour de notre vie a été tué à cause de nous… La série n’a pas démérité sa place dans la catégorie « dramatique », c’est tout un art ! Mais puisque nos cousins espagnols sont insatiables – et c’est aussi pour ça qu’on les aime – il fallait que le couvent d’Isabel se retrouve être tout sauf la maison chaleureuse et accueillante du seigneur. Au lieu de ça, ce lieu s’avère être une sorte de donjon moyenâgeux tenu par des fanatiques cruelles à qui on a laissé carte blanche pour régler le cas de la pécheresse lesbienne. Rien ne nous est épargné : lavage de cerveau, scènes de torture pour notre héroïne laissée sans eau ni nourriture dans un cachot vide et sale. S’il restait quelques naïves (dont je faisais partie) qui s’étaient imaginé que Dieu aurait pitié d’Isabel, celles-ci pourront vite se résigner et remballer leur optimisme ; et ce ne sont pas les gros plans sur les visages sadiques des nonnes prenant visiblement du plaisir à la maltraiter qui nous convaincront du contraire.

Heureusement, ces mêmes scénaristes, voyant que Dieu ne venait pas au secours de notre Isabel, ont tout de même eu pitié d’elle : celle-ci apprend par une sœur que Cristina est non seulement toujours en vie, mais qu’elle a essayé d’entrer en contact avec elle en se présentant au couvent. Lueur d’espoir, donc, pour notre rebelle mise à mal.

LA MÈRE SUPÉRIEURE : Est-ce que tu reconnais tes perversions ?
ISABEL : Oui, mère.
LA MÈRE SUPÉRIEURE : Rejettes-tu la personne qui t’a conduite au péché ? Dis-le ! Dis-le sinon ta bouche restera fermée à jamais. Dis que tu rejettes cette femme dépravée.
ISABEL : Elle m’aimait…
LA MÈRE SUPÉRIEURE : Pécheresse ! Comment oses-tu appeler « amour » cette aberration ?

ALMUNEDA : Nous avons parlé avec Cristina.
ISABEL : Cette femme est le démon. Et mon péché est immense…
NIEVES : (comprenant que sa sœur est lesbienne) Alors c’était vrai…

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La question de la coupe de cheveux reviendra pour ne plus jamais être abordée : la mère lui ordonne de garder le silence sinon elle les lui coupera. Peu après, nous voyons les nonnes lui passer autour des cuisses des sortes d’anneaux cloutés métalliques à mi-chemin entre le piège à loup et la ceinture de chasteté (mais pour la chasteté on repassera). Les dents de l’objet, une fois fermé autour de la cuisse, lui transpercent la chair causant plaies, douleurs, et saignements. L’utilité ? Bonne question. En parlant de bonnes questions, j’en ai une autre : on menace Isabel de lui couper les cheveux mais on ne la prévient pas qu’on va transformer sa cuisse en passoire ? Pour moi, la logique aurait voulu une inversion des menaces : une coupe de cheveux d’office et éventuellement la torture si Isabel avait refusé de coopérer. Parce que là, si je devais en tirer des conclusions sur la gradation des sévices, je devrais classer du moins grave au plus grave : 1/ Te séquestrer ; 2/ Te torturer ; et 3/ (mais que si tu as été vraiment méchante) Te couper les cheveux. Bizarre, non ?
Pour contrebalancer cette petite critique, je dirais juste que j’aime Isabel avec ses cheveux longs, donc aussi longtemps qu’elle les gardera sur la tête, je me garderais bien de trop critiquer les scénaristes.

Pendant ce temps, Cristina est de retour sur les terres de Lobo. Elle parvient à entrer en contact avec les sœurs d’Isabel pour leur expliquer la situation. Celles-ci ont du mal à comprendre, et, bien que passablement dégoûtées par l’hypothèse de l’homosexualité de leur sœur, leur amour pour Isabel reprend vite le dessus. Elles savent au fond d’elles qu’il se passe quelque chose de grave puisqu’elle ne serait jamais allée dans un couvent de son plein gré. Pour en avoir le cœur net, elles décident de questionner leur père et la réaction de celui-ci prouve qu’il n’est pas aussi neutre qu’il aimerait le faire croire. Elles partent donc en cachette rendre visite à Isabel. Malgré la surveillance des nonnes elle réussit à leur fait passer ce message codé : « Sortez-moi de cet enfer ».

Dans l’épisode 12, la situation s’est aggravée et Isabel est en train de s’éteindre. Les « bonnes » sœurs refusent de lui donner à boire malgré un grave état de déshydratation. Almuneda et Nieves racontent un bobard à la mère supérieure qui les démasque rapidement. Obligée d’utiliser la force, Almuneda finit par la menacer avec un pistolet. Et là, l’ironie de cette scène est juste merveilleuse. Tenir une nonne en joue… Ce qui devrait passer pour un sacrilège nous emplit de joie. On espère presque que la vieille proteste histoire de donner à Almuneda l’occasion d’appuyer sur la gâchette. Quelques minutes plus tard, la porte de la cellule s’ouvre sur une Isabel mourante. Ses deux sœurs se précipitent pour l’aider ce qui laisse le temps à la mère supérieure de les enfermer toutes les trois. Leur seule échappatoire reste la fenêtre. Elles se déshabillent et lient alors bout-à-bout leurs vêtements pour constituer une corde. Elles s’échappent donc à la sauce princesses Walt Disney, mais pour adultes car Nieves nous fait profiter d’une vue plongeante sur ses jarretelles. Le stratagème fonctionne mais il est déjà trop tard lorsqu’elles accèdent à la cour : l’alarme a été donnée et les portes d’entrées verrouillées. Des nonnes surgissent de tous les côtés et encerclent les filles dont la situation semble désespérée. On nage en plein film d’horreur, les filles crient, la musique est de plus en plus stressante : la maison de Dieu s’est transformée en maison du Diable. Une bonne sœur s’approche et à notre grande surprise, au lieu de ramener Isabel à sa cellule, la guide vers la porte de sortie en lui tendant une clé. Petite remarque sur la clé, franchement, les accessoiristes auraient pu faire un effort… Une petite clé toute neuve de trois centimètres pour ouvrir une immense porte en fer forgé de l’an mil… Bref… Gros plan sur le visage de la bonne sœur qui lui dit « Je suis venue pour toi », et l’on reconnait avec bonheur notre chère Cristina. Décidemment, elle assure cette Cristina… Elle l’aime son Isabel ! Grâce à cette intervention divine, elles sortent de cette prison, non sans balancer à la mère supérieur une dernière civilité, je cite : « espèce de vieille folle sadique ! ». Là c’est sûr on a retrouvé Isabel !

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Une fois sorties, les deux amoureuses décident de se cacher au bordel le temps de se remettre sur pieds et se quittent en s’embrassant fougueusement. La tendresse entre les deux actrices, la douceur de leurs gestes continuent de crever l’écran. Ce qui fait le bonheur des téléspectatrices fait le malheur des sœurs Lobo qui détournent, non pas le regard, mais la tête toute entière face à ce baiser lesbien. Elles sont visiblement dégoûtées, mais font preuve d’une grande compréhension envers leur sœur. Belle preuve d’amour et de fidélité entre les deux jeunes femmes, joli coming-out où la douceur des gestes remplace la parole, et enfin, attendrissante preuve d’amour et de compréhension de la part d’Almuneda et Nieves qui acceptent cette situation sans se poser de questions bien que ça leur en coûte.

ALMUNEDA : Alors tu aimes vraiment une femme ?
ISABEL  : Oui.
NIEVES : C’est parce que tu n’as pas rencontré le bon… J’en suis sûre.
ISABEL (hoche faiblement la tête pour marquer son désaccord mais ne répond pas): …

L’épisode se termine par une scène qui brille à nouveau par sa justesse et sa sensibilité. Cristina est en train de prendre soin d’Isabel, de guérir ses blessures. Les yeux embués, Isabel pose doucement sa main sur celle de Cristina et la remercie. Émue, elle commence à raconter la douleur qu’elle a ressentie lorsqu’elle a cru qu’elle était morte. Cristina lui fait comprendre de ne plus y pense en lui mettant son doigt sur la bouche, comme le ferait une mère qui chercherait à réconforter son enfant après un cauchemar. Elle commence à embrasser les parties meurtries du corps d’Isabel, comme si elle souhaitait par ce geste les guérir. Elles finissent serrées dans les bras l’une de l’autre, heureuses d’être réunies et certaines de vouloir passer le restant de leurs jours ensemble.

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A propos de Edwine Morin

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Relectrice et Chroniqueuse Occasionnelle. Passionnée par les séries télévisées, elle en dévore depuis des années dans tous les thèmes possibles et ses préférences sont si hétéroclites qu'il est difficile d’en trouver les limites. Romantique dans l’âme, elle a succombé au charme d’I Can’t Think Straight et de Loving Annabelle tout en étant fan du travail de Quentin Tarantino.

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